‹ Chansons de Béranger (volume 2)Chapitre 173 sur 206 · LE FILTRE · texte numérisé non relu

LE FILTRE

Air des Comédiens.

ou du rondeau de Miller, inlilulë ; Un tourdr

jardin.

Meurs , il le faut : meurs, ô toi qui recèles Des dons puissans , à la Tolupté chers ; Rends à Pamour tous les feux que tes ailes Ont à ce dieu dérobés dans les airs.

<( Clara, )} m'a dit cette femme si TÎeille, Qui chaque jour pleure encor son printemps

tt Qaoi I TOtre joue est déjà moins Tenneille | H Toas languisses et n^STex que TÎngt ans !

» Un père altier, que seul l^intérèt tonolie ,

» Tous a jetée au lit d^un yieil époux ;

» L'espoir en vain sourit sur TOtre bouclie :

>i L'hymen l'effleure et s'endort prèsde tous.

» À votre abord naît la froide risée ;

)) L'Amour se dit : On m'a fait un larcin,

)} Mais cette terre a des niiils sans rosée,

>i Et d'aucun fruit ne parera son sein.

M Trompes l'Àmonr, croyes-en ma sagesse ;

» Un fil I re heureux, plein de tendres chaleurs,

)) De Totre époux exhumant la jeunesse,

» Peut de la vôtre épanouir les fleurs, n

La vieille alors , baissant sa voix tremblante , M'enseigne l'art de ce filtre charmant.

J'allais, sans elle, en ma fièvre brûlante, Maudire époux , père , autel et serment.

Mais vers ce frêne, accourant dès l'aurore. Dans ses rameaux j'ai su glisser ma main. La canth aride y reposait encore ; Heureuse aussi je dormirai demain.

Meurs , il le faut ; meurs , à toi qui recèles Des dons puissans à la volupté chers ; Kends à l'amour tous les feux que tes ailes Ont à ce dieu dérobés dans les airs.

M6É jourtf met nuits , mayie , étaient ians cliain»; le répugnais à d'innocens plaisirs.

Tout bas , ma bouche , insultant à mes larmes , 0#ait donner un nom à mes désirs»

Mon cœur brûlait , hélas ! il brûle encore. Jamais breuvage aura-t-il cette ardeur Qui dans mon sang circule , me dévore , Et d^nn long trouble accable ma pudeur !

Père cmel! il faUait de ta fille Aux murs d^un cloître ensevelir les jours. Là , Dieu du moins nous crée une famille , Là I son amour éteint tous les amours.

Où donc estF>il Pépoux que ma jeunesse Avait rêvé jeune , beau , caressant ?

Entre ses bras ma pudique tendresse Eût été seule un filtre assex puissant.

De mon hymen , oui ^ la froideur me tue ; D^un plaisir chaste allumons le flambeau. Ah ! cessons d^ètre une vaine statue , Dont un mari décore son tombeau.

La tendre vieille a dit : » Soyez docile , i> Et dès demain renaîtront vos couleurs : » Demain moi-même, au seuil de votre asile , » Je suspendrai deux couronnes de fleurs. ?>

Meurs, il le faut; meurs, 6 toi qui recèles Des dons pnissans, à la volupté chers ;

Rends à Pamour tous les feux que tes aîles Ont à ce dieu dérobés dans les airs.

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