‹ Chansons de BérangerChapitre 172 sur 307 · LE PHILTRE · texte numérisé non relu

LE PHILTRE

Au deg ComidUm»

Meurs, il le faut: meurs, ô toi qui recèles Des dons puissants , à la volupté chers :

Rends à l’Amour tous les feux que tes ailes Ont à ce dieu dérobés dans les airs.

«Clara, B m’a dit cette femme si vieille Qui chaque jour pleure encor sou printemps .

■ Quoi! votre joue est déjà moins vermeillel •Vous languissez, et n’avez que vingt ans!

B Un père allier, que seul l’intérêt touche ,

B Vous a jetée au lit d’un vieil époux ;

■ L’espoir en Vàin sourit sur votre bouche;

B L’hymen l’efQeure cl s’endort près de vous.

bA votre abord naît la froide risée:

B L’Amour se dit: Ou m’a fait un larcin ;

B Mais cette terre a des nuits sans rosée,

■ Et d’aucun fruit ne parera son sein.

■ Trompez l’Amour, croyez-en ma sagesse; bQu'uii philtre heureux , par vos mains préparé, N De votre époux rallumant la jeunesse ,

■ Donne. à la vôtre un fils tant désiré. ■

La TieUlo alors, baissant sa voix tremblante. M'enseigne l'art de ce philtre charmant.

J’allais, sans elle, en ma Gèrre brûlante.

Maudire époux , père , autel et serment.

Mais vers ce frêne , accourant dès l’aurore.

Bans ses rameaux j'ai su glisser ma main.

La cantharide y reposait encore {

Heureuse aussi , je dormirai demain.

Meurs, il le faut; meurs, ô toi qui recèles Des dons puissants , à la volupté chers;

Rends à l’Amour tous les feux que tes ailes Ont à ce dieu dérobés dans les airs.

Mes jours, mes nuits, ma vie, étaient sans charmes. Je répugnais à d’innocents plaisirs.

Tout bas , ma bouche, insultant à mes larmes , Osait donner un nom à mes désirs.

Mon cœur brûlait, hélas! il brûle encore.

Jamais breuvage aura-t>il cette ardeur Qui dans mon sang circule, me dévore,

£t d’un long trouble accable ma pudeur?

Père cruel ! il fallait de ta fille

Aux murs d’un cloître ensevelir les jours.

Là, Dieu du moins nous crée une famille ;

Là, son amour éteint tous les amours.

Où donc est'il l’époux que ma jeunesse Avait rêvé jeune, beau, caressant?

Entre ses bras ma pudique tendresse Eût été seule un philtre asscs puissant.

De mon bynien, ouï , la froideur me tne; D'ud plaisir chaste allumons le flambeau.

Ah ! cessons d’être une raine statue,

Dont un mari décore son tombeau.

La tendre vieille a dit : « Soyes docile,

»£t dès demain renaîtront vos couleurs:

■ Demain moi-même, au seuil de votre asile, ■Je suspendrai deux couronnes de fleura. »

Meurs, il le faut; meurs, ô toi qui recèles Des dons puissants , à la volupté chers;

Bends à l'Amour tous les feux que tes ailes Ont à ce dieu dérobés dans les airs.

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