‹ Chansons de BérangerChapitre 196 sur 307 · MON ENTERREMENT · texte numérisé non relu

MON ENTERREMENT

Bia : Quand on ne dort pat de la nuit. (De Lisbetb.)

Ce matin, je ne sais comment,

Je vois d’Aniours ma chambre pleine; i

J'étais couché , sans mouvement. j

Il est mort, disaient>ils gaîment; !

De l’inhumer prenons la peine.

Lors je maudis entre mes draps '|

Ces dieux que j'aimais tant à suivre. J

Amis, si j'en crois ces ingrats, |

Plaignex-moi {bit) , j'ai cessé de vivre, (ti*.) j

De mon vin ils prennent leur part,

fU caressent nia chambrière :

L’un veut guider le corbillard ,

Et l’autre, d’un tou nasillard,

Me psalmodie une prière.

Le plus grave ordonne à l’instant Vingt galoubets pour mon escorte:

Mais déjà la voiture attend.

PlaigneZ'inoi , voilà qu’on m’emporte.

Causant, riant , faisant des leurs.

Les Amours suivent sur deux lignes; Le drap, où l’argent brille en pleurs, Porte un verre , un luth et des fleurs, De mes ordres joyeux insignes.

Maint passant, qui met chapeau bas.

Se dit: Triste ou gai, tout succombe! Les Amours font hâter le pas.

Plaignex*moi, j’arrive à ma tombe.

Mon cortège , au lieu de prier ,

Chante là mes vers les plus lestes.

Grâce au ciseau du marbrier ,

Une couronne de laurier Va d’orgueil enivrer mes restes.

Tout redit ma gloire eu ce lieu Qui bientôt sera solitaire :

Amis, j’allais me croire un dieu Plaignez>moi , voilà qu’on m’enterre.

Mais d’aventure, en ce moment ,

Par là passait mon infidèle;

Lise m’arrache au monument;

PuiK encor, je ne sais comment,

Je me sens renaître auprès d’cIIe.

T)c la TÎe et de «es douceurs Vous qu’à médire l’âge excite.

Vous du monde éternels censeurs, Plaignez-moi , car je ressuscite.

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