‹ Chansons de BérangerChapitre 236 sur 307 · LE FEU DU PRISONNIER · texte numérisé non relu

LE FEU DU PRISONNIER

( i.A FoncR , 1829. )

Air </u l'audeville de Taconnel.

Combien le feu tient douce compa{'iiie Au prisonnier , dans les longs soirs d'iiiver I Seul aven moi se chauffe un bon Génie ,

Qui parle haut, rime ou rliante un vieux air. (^<s>) Il me fait voir , sur la braise animée ,

Des bois, des mers, un monde en peu d'instants. (Ksj Tout mon ennui s'envole à la fumée. > ^

O bon Génie, amusex-nioi longtemps. )

Jeune , il me fil rêver , pleurer, sourire t Vieux, il me berce avec mes premiers jeux.

Du doigt, dans Tâtre , il signale un navire :

Je vois trois mâts sur des ilot.s orageux.

I.e vaisseau vogue et bientôt l'équipage Sous un beau ciel salûra le printemps.

Moi seul je reste enchaîné sur la plage.

0 bon Génie, amuset-inoi longtemps.

Ici, que vois-je ? est-ce un aigle qui vole

Et du soleil mesure la hauteur?

C’est un ballon : Toici la banderole ,

Et la nacelle elle navigateur.

L'audacieux , si la pitié l'inspire ,

Doit de ces murs plaindre les habitants.

Libre là-haut, quel air pur il respire!

O bon Génie, aniusez-moi longtemps.

D'un canton suisse, ah ! voilà bien l'image : Glaciers, torrents, vallons, lacs et troupeaux. J’aurais dû fuir quand j’ai prévu l'orage;

La liberté, là, m’ulTraitlc repos.

Je franchirais ces monts à crête immense ,

Où je crois voir nos vieux drapeaux llotlants. Mon cœur n’a pu s’arracher à la France.

O bon Génie, amusex-moi longtemps.

Dans mon désert encor quelque mirage !

Génie , allons sur ces coteaux boisés.

En vain tout bas on me dit : Deviens sage;

Plie un genou, tes fers seront brisés.

Vous, qui , bravant le geôlier qui nous guette, Me rendez jeune après de cinquante ans,

Sur ce brasier , vite', un coup de baguette,

O bon Génie, amusez-moi longtemps.

SB ■niSiii»etSioi»Qf

Page 1