LES DIX MILLE FRANCS
Air : T*en souviân$-tu ?
■ Dk mille francs, dix mille francs d’amende I Dieu 1 quel loyer pour neuf mois de prison!
Le pain est cher et la misère est grande ,
Et pour longtemps je dîne à la maison. '
Cher président , n’en peut-on rien rabattre ?
• Non I lion I jeûnez et vous et vos parents.
• Pour fait d’outrage aux enfants d’Henri quatre vDe par le roi , payez dix raille francs. >
Je paîrai donc: mais, las ! que va-t-on faire
Pe cet argent quefti bien j’emplofrai»?
D'un substitut sera-t-il le salaire?
D'un conseiller paîra-t-il les arrêts ?
Déjà s'avance une main longue et sale :
C’est la police et scs comptes courants.
Quand sur ma Muse on venge la morale ,
Pour les mouchards comptons deux mille francs.
Moi-môme ainsi partageant ma dépouille,
Sur mon budget portons les alTamés.
Au pied du trône une harpe se rouille : fiardesdu sacre, êtes-vous enrhumés?
Chantez, messieurs, faites pondre la poule | Envahissez croix , titres, biens et rangs.
DAt-on encor briser la sainte ampoule;
Pour les flatteurs comptons deux mille francs.
Que de géants là-bas je vois paraître I Vieux ou nouveaux ,tous nobles à cordons.
Fiers de servir , ils font au gré du maître Signes de croix , saluts ou rigodons.
A tout gâteau leur main fait large entaille :
Car iis sont grands , même infiniment grands. Ils nous feront une France à leur taille.
Pour ces laquais comptons trois mille francs.
Je vois briller chapes , mitres et crosses , Chapeaux pourpres , vases d’argent et d’or ; Couvents, hôtels, valets , blasons, carrosses,
Ah î saint Ignace a pillé le trésor.
De mes refrains l’un des siens qui le venge , Promet mon âme aux goulTrcs dévorants.
Déjà le diable a plumé mon bon Ange.
Pour le clergé comptons trois mille francs.
Yérinons : la somme en vaut la peine.
Deux et deux, quatre ; et trois , sept ; et trois , dix. C’est bien leur compte. Ah! du moins la Fontaine Sans rien payer fut exilé jadis.
Le Oer Louis eût bilTé la sentence
Qui m’appauvrit pour quelques vers trop francs.
Uonsieur Loyal, délivrez- moi quittance.
Vive le roi ! voilà dix mille francs.
COUPLET
Aia : Trouverez-vous un parlement ?
Notre siècle , penseur brutal ,
Contre Delille s’évertue.
Tel vécut sur un piédestal Qui n’aura jamais de statue.
Artiste , poëte , savant,
A la gloire en vain on s’attache;
C’est un linceul que trop souvent La postérité nous arrache.