‹ Chansons de Gaultier Garguille [pseud]Chapitre 123 sur 137 · AVEC TABARIN · texte numérisé non relu

AVEC TABARIN

EN l'autre monde

Et les Entretiens quMls ont eu dans les champs Elizées sur les Nouveautez de ce temps,

A PARIS

M. D. G. XXXIIII ^

Caron.

ombien qu^il ne fasse aucune haleine ide vent, mes ondes dormantes ne laissent d'estre agitées, et frémissent bien ' fort. J 'ày quelque chose qui noue comme

pourroit faire le varre d'Egypte, quand il est

poursuivy du crocodile.

J'ay besoing d'escoutér, afin que mes oreilles

me descouvrent ce que mes prunelles ne me

peuvent descouvrir, pour les grandes ténèbres

I . Cette pièce fait aussi partie du recueil des Joyeusetez de Techener.

Gaultier GarguUU.

178 Appendice.

qui sont , à cause de la nuict , tombées sur ces rives. A la bonne heure, ses flamesches sortent bien à propos : elles suppieront au deffaut de ma lanterne, qui s'est esteinte au vent et aux exallaisons des torrens d'elloquence sortis de la bouche de i'un des plus naifs esprits qui ayent jamais esté de sa profession , que j'ay passé y a quelque temps (parlant de Tabarîn).

Mes yeux ont ae quoy faire leur office : à cette lueur j'apperçoy nager je ne sçay quoy dedans mes eaux; l'esloignement m'empesche ae discerner encore ce que c'est , s'il ne s'approche. Ha ! c'est un esprit qui se veut aller promener dans les Champs-Elizées, et converser avec les beaux esprits comme le sien. Où vas-tu P Qui t'a donné l'audace de te mettre en l'eau sans mon congé f Est-ce pour me frustrer de mon droit ? Sçais«tu pas bien que je suis le passeur de cette nvière, pour le passage de laquelle j'en rend tribut ? A quoy cela est-il bon ?

Gautier Garguille,

Caron, je te jure, par ta vénérable barbe, que ce n'a point esté pour te frustrer de ton arah , ny tronquer ton gain : mon humeur est tellement portée aa frontispice d'honneur, qu'elle est bien esloignée dé ce que tu pence.

«• • Caron.

Pour quel sujet l'as-tu donc fait?

Gautier Garguille.

Ne voyant point ta nacelle , je me suis jette dans l'eaq, pour ce que j'avois haste de passer à l'autre rive.

Appendice. 179

Caron.

Il n'y a pire aveugle que celuy qui ne veut pas voir. Quelle haste avois-tu de passer à l'autre port ? O que ne desrobois-tu les talonnières et la capelanne > aislée de Mercure , pour faire ce que tu désirois P tu ne 1;e fusses mouillé ; mais ce fust esté le pis, que le secrétaire qui tient le controUe de ceux que je passe t'eust bien tost renvoyé s'il n'eust vu la marque que je donne à ceux qui m'ont payé le passage P Mais va , je te le pardonne; tu as assez de mérites pour obtenir ceste faveur. Et quand ce ne seroit que par ton beau , judicieux et naif esprit , tu as eu l'honneur de donner du contentement au plus grand roy du monde *, tu n'as garde que tu ne sois favorisé par tout.

Pendant cet entretien, Caron ne laissoit de conduire la barque, et mit Gautier Garguille aux rives des Champs-Elyzées. Arrivé qu'il ftit dans de très beaux jardinages , la première personne de cognoissance qu'il apperceut fut ce tant renommé Tabarin, qui n'avoit encore perdu la mémoire de Galien , d'Hippocates , de Renaud Lule ), de Paracelse, et autres illustres autheurs, lesquels il avoit si bien estudié autrefois , ou'il a fait paroistre au public (autant qu'homme ae son temps) la practique de ses estudes, Tabarin,

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