‹ Chansons de Gaultier Garguille [pseud]Chapitre 124 sur 137 · Le chapeau · texte numérisé non relu

Le chapeau

2. On a vu par la préface des chansons que Gaultier Garguille avoit souvent joué devant Louis XIII, et aussi sans doute devant Henri IV, comme son compère Gros-Guillaume^ à qui le Béamois aimoit tant à demander « la farce du gentilhomme gascon». (Voy. Tallemant, 2*édit., t. i, p. 99.)

^ C'est Raymond Lulle qu'il £aut lire.

i8o Appendice,

dis-je, comme à son ordinaire, voulant donner gratuitement du soulagement à (juelque pauvre infirme , pour ce faire il herborizoit parmy les pallissades. Geste rencontre ne lut sitost des* couverte , que voylà de part et d'autre des accollades, bras dessus, bras dessous : Monsieur Tabarin, vous estes le bien rencontré! Monsieur Gautier Garguille, vous estes le très bien venu l Il n'y a pas long-temps à voir que vous estes arrivé dans ces contrées, d'autant que je remarque en vous quelque chose de nouveau de Tautre monde.

Tabarin, mon cher amy, que j'ay tousjours honoré pardessus tous ceux de la profession, pour les mérites que tu as acquis parmy les peuples, et pour l'immortelle mémoire ^ue tu as laissée de ton illustre nom à la postérité, je te supplie que nous ne parlions en ce lieu des nou* veautez de l'autre monde, car nous n'aurions jamais fait.

Tabarin.

Moy qui suis y a quelque temps dans ces lieux, et en sçay tous les endroits , je te prie , allons chercher l'ombrage dans un lieu que j'ay descouvert, et que tu trouveras fort agréable; et dans iceluy, sans crainte de personne, nous pourrons nous entretenir l'un avec l'autre : je t'apprendray l'ordre que l'on tient en ce séjour, et la manière de s'y gouverner, et tu me raconteras une partie des nouvelles que tu nous apportes.

Appendice. i8i

Gautier Garguille.

Pour te donner quelques sortes de contentemens , et pour satisfaire à une partie de ta curiosité, allons où bon te semblera, pourveu que ee ne soit pas chez la Boiselière >, d'autant que je suis si remply d'avoir beu de l'eau de ce fleuve, que j'en suis tout enflé de ses cruditez.

Tabarin.

Voîcy le lieu que je t'ay dit ; n'est-il pas bien agréable ? Si les dames de Paris avoient à commandement ces belles fleurs qui nous sont continuelles dans ces lieux, elles s'en garderoient bien de mettre une pistole , voire deux quelques fois, pour un fané bouquet *.

Helas ! Tabarin , les dames de qui tu parles ont bien maintenant d'autre pensée dans leurs esprits que des bouquets ; c'est de quoy elles ne

1 . Gaultier Garguille fait bien le dédaigneux : le cabaret de la Boesselière étoitle meilleur de Paris. « Êtes-vous obligé de suivre le Cours, lit-on dans les Visions admirables du Pèlerin du Parnasse y 163$, in- 12, p. 208, sortez-vous du Louvre à Theure du disné, le premier cabaret de France est le cabaret de la Boesselière ; mais, sur ma parole, ne vous donnez pas la peine d'y transporter vostre humanité, quoyque vous soyez le mieux avisé du monde, si vous sentez que vostre gousset ne soit prêt d'accoucher d'une pistole au moins. » Voyez , pour d'autres détails relatifs à cette cabaretière, notre Histoire des hôtelleries et cabarets, t. 2, p. 309-310.

2. Il y avoit alors à Paris des bouquetières espagnoles, dont la marchandise étoit fort à la mode, et chez qui pour un méchant bouquet il ne falloit pas mettre moins que le prix qu'on dit ici. Voyez le Roman comique, édit. elzevir., t. I, p. 253.

i82 Appendice.

se soucient guères. Elles ont la liberté d'en porter tant qu'elles voudront, et à faute de ce, des branches de houx, qui sont tousjours vertes, gayes et amoureuses, comme sont une partie d'icelles.

Tabarin,

Je te prie donc de me raconter ce qui les tourmente de la sorte, d'autant que j'ay encore mémoire de quelques-unes que j'ay autres fois fort obligées, leur donnant de quoy embellir et resparer les deffauts de nature ; et m'asseure qu'elles ont encore mémoire de moy.

Les plus grandes afflictions qui les tourmentent, c'est une certaine reformation que ces jours (par l'advis des plus judicieux personnages qui ayent jamais esté dans la France) l'on a faict contre l'excessive despence des passements et ouvrages, tant de points couppés que autres », outre 3ue cela apportoit le plus souvent des divisions ans les mesnages , emportoit encore l'argent dans les provinces estrangères , et donnoit oe la rizée à nos voisins 2; car cette superfluité estoit

1 . Il s'agit ici de la Déclaration du roy, en date du 12 décembre 163 j , portant défense de porter aucunes découpures, broderies de fil, soye, capiton, or ou argent, passements, dentelles, poinct-couppez, entre toilles et autres enrichissements, manufacturez tant dedans que dehors le royaume; et à tous marchands lingers de trafiquer les dits ouvrages, ny les exposer en vente.

2. C'est justement ce qui se trouve dit dans la déclaration royale : « C'est un moyen très-certain et ordinaire pour transporter l'or et l'argent hors de nostre royaume, les estrangers fournissant volontiers à nos subjets avec grand avantage la cause de leur ruine, par le débit qu'ils leur font des

.Appendice. i8^

montée si haut , qu'il n'y avoit femme de procureur qui ne desirast d'augmenter une douzaine d'articles dans les taxes des despens, pour ayder à payer un collet et un mouchoir de deux ou trois cens livres ; car de gaigner telles sommes sur les despenses ordinaires de la maison, il n'y avoit pas de moyen, et aussi que messieurs les clercs eussent formé plaintes contre telles superfluités, comme estant laictes à leurs despens.

Tabarin.

J'ay mémoire ) si je ne me trompe, que telle refdrmation a desjà esté faicte par cy-devant ' ; mais comme le temps abastardy toutes choses, elle ne fut pas de durée. C'est pourquoy il ne faut qu'elles s'affligent de telle sorte qu'elles n'en soient malades, ce que je craindrois au sujet de q|uelques unes que je sçay estre des plus euneuses.

Gautier Carguille.

Ce n'est pas de celles que l'on tient qui par délices ont mangé une salade ^ qui revenoit à

choses du tout mutiles i sa vie , dont très-sagement ils o'usent eux-mêmes.

t. Le 8 février 1620, il y avoit eu déjà une Ordonnance da roy pour réprimer le luxe et superfluitez qui se void es fttfbits de ses subjets et ornement d'iceux. Sous Henri IV, trois édits du même genre avoient été rendus, l'un en 1594, te second en 1 601, et le troisième en novembre 1606. C'est i propos de celni-d qu'on lit dans la septième satire de Régnier :

... A propos , on m'a dit, Que contre le clinquant le roy rend un édit.

2. Quelle est cette salade f Seroit>ce l'espèce de casque ou de morion que le Don Quichotte de Cervantes a rendu

184 Appendice.

cinq cens livres , et cependant n'estoit composée que de feuilles des plus fins ouvrages qu'on peut trouver dans la rue Aubrie-le-Boucher.

Tabarin.

Non p car celles que je sçay ne sont jusques à ce point ; mais bien aue Tune d'icelles , contre ma volonté , a faict aespense de plus de deux mille cina cens livres pour trouver le moyen de faire de l'nuille de thaï < , là où son argent s'en est allé en fumée.

Ce qui augmente encore davantage leurs afflictions» c'est que l'on murmure de passer outre, et de réformer aussi les habits ^, ainsi qu'une certaine remontrance le représente au roy; ce qui a fait qu'à ce bon jour toutes se sont réformées d'eux-mêmes , au plus qu'il leur a esté possible , de crainte d'irriter les dieux.

célèbre? Rue de la Heaumerie, tout près de la rue Aubry-U- Boucher, dont il va être parlé, se fabriquoient ces pièces

ouvriers qui travaiiloient à des ouvrages si bien fourbis et si étincelians n'étoient pas d'aventure parens du roi. D'un autre côté, et je le croirois volontiers, il peut être question de dentelles, autre marchandise dont on faisoit grand commerce dans cette même rue. Tallemant (2*édit., t. i. p. 21 1} i>arle de Bodeau, le plus fameux des marchands lingers qui s'y trouvoient.

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