I . Huile de talc
a. En effet, très>peu de temps après, le 16 avril 16)4, il y eut Déclaration du roy portant règlement général sur la réformation des habits.
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Tabarin.
Voylà qui est louable, puisque c'est pour le bien pubhc; mais dis moy, que disent à cela les courtisans à la mode, qui prenoient le chemin d'avoir des collets à la féminine qui leur battoient jusques au milieu du dos ^ i Je croy que cela pourra fascher à quelques-uns, d'autant que ces beaux ouvrages arrestoient la veue des regardans , et leur empeschoient de remarquer les autres deffectuositez.
Ils sont bien contrains d'avaller cela doux comme sucre. Si tu estois encore en l'autre monde , tu rirois à çueule-bée (et ne croy point
au'on te peut appaiser) voyant les orgueilleux 'aujourd'tiuy, qui d'un pas mustafique, lîa saîi hommes (comme les nomme un poëte), c'est-àdire^ cheminant superbement, les mains sur les costez comme pots à ances), desdaignant moustachiquement tout ce qu'ils rencontrent; leurs foudroyantes espées peuplant tous les cimetières de corps , les quels , après avoir esté tuez de telles gens, ne laissent ae se bien porter
1 . L'article 2 de Tordonnance disoit justement : « Le» paslements ou bandes de broderie ne pourront estre plus larges que d'un doigt chacune.... à Pentour du collet et bas de manteaux. » Ce qui étoit les rogner singulièrement.
2. Tout ce qui suit, y compris la réplique de Tabarin, est pris textuellement d'une pièce publiée en 161 6 sous le titre: La grande propriété des bottes sans cheval en tout temps, etc., et que nous avons reproduite dans les Variétés histor, et littér., t. 6, p. ji-u.
3. Cela repond a peu près à la description que G. Naudé, dans son Mascurat, p. 187, fait de la démarche des Espagnols.
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par en après ». Et qui pis est, de leur regard louchant soubz un bran-branlant panache, ils font frémir Juppin, qui est sur le point de leur céder son foudre et son ai^Ie pour avoir pdx envers eux, nonobstant qu'ils ne fassent peur qu'aux limaçons I mouches et grenouilles.
Tabarin,
De la sorte que tu me racontes les façons de ce temps, je croy que, si ce plaisant Lucien estoît en vie , il en nroit , et par pitié leur donneroit de ses roses, pour d'asnes les faire devenir hommes >, afin qu'estant deschargez du fardeau de folie (qui est très beau et riche à qui le peut entretenir), ils puissent venir passer la barque de Caron , quitter leur sphœre pour venir avec nous dans les Champs-Elyzéens.
Gautier Garguille.
Il y a encore bien autre chose qui les tourmente : ils sont bien empeschés en la fabricque des chapeaux. Les uns les veullent d'une façon ; les autres veullent qu'ils dansent en cheminant sur la perruque acheptée au bout du Pont-Neuf,
i;amie de la moustache derrière l'oreille ; autres es veullent plats à la cordellière ?, retroussés en mauvais garçons (par signe seulement), avec un
1 . Corneille devoit dire , huit ans après , dans le Menteur :
Les gens que vous tuez se portent assez bien.
2. C'eàt, comme on sait, un des derniers épisodes de la Luciade. Voyez la traduction de P. L. Couner, dans ses œuvres, édition du Panthéon littéraire, p. i j^
). Ceci et ce qui précède se lit aussi presque textuellement dans la Propriété des bottes en tout temps {Variétés historiques et littéraires, t. 6, p. H~)4)*
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panache cousu tout autour, de peur que le vent ne remporte.
Tabarin.
Voylà donc, Gautier Garguille, ainsi que tu dis, qui est la mode d'à présent; mais dis moj, jeté prie t que sont maintenant devenus un nombre mfiny de certaine sorte de gens que j'ay veu autres fois fréquenter nostre quartier du Pont- Neuf et nostre place Dauphine * ? Ces personne» n'ayment pas beaucoup le travail , et toutes fois désirent faire bonne chère : ne peut-on trouver quelque employ à Marseille pour les guarir de Poysiveté, laquelle est abominable devant Dieu ?
Gautier Garguille.
Geste meschante oysiveté fait porter aujourd'huy (je ne sçaurois tenir de rire) aux plus chestîfs , voire jusqu'aux apparieux de chair humaine, qui n'ont que disner s'ils ne travaillent de la courte espée , l'escharpe sur l'espaule à grandes franges pendantes en bas , sortant hors du manteau plié soubs le bras pour faire voir les chausses à fesse-cul, tousjours avec la meilleure mine qu'ils peuvent, pour tromper quelqu'un.
Tabarin.
C'est le mestier dont ils sont maistres jurez. J'ay ouy dire qu'il y a bien eu du tintamare entre les muettes des halles , et qu'elles se plaignent
K Nous avons publié, dans les Variétés hUtor. et lîttér., t. 3, p. 273, une pièce sur les tours de ces affronteurs du Pont-Neuf, qui faisoient partie de la confrérie des capons, feignant d'abord de perdre au jeu, pour tout gagner ensuite.
i88 Appendice.
que les laictues pommées et les roses sont fort rencheries depms quelque temps.
Gautier Garguille.
Il est vray ; toutes fois, les jardiniers n'en sont point marris ; ils en rient tant qu'ils peuvent, car elles n'estoient par cy-devant en usage qu'en salade , et maintenant on les fait servir aux souil- 1ers , voire des laquais , palfreniers et gens de néants
Tabarin.
Je croy que c'est pour tenir le souiller ferme selon l'ordonnance.
Changeons de matière, et ainsi que avons commencé par les dames, nous y conclurons nostre entretien : Dis moy, portent-elles encore le col gamy d'affiquets, et aes colets à quatre ou cinq estages d'un pied et demy de haut > ? Car de mon temps j'en ay veu telle qui n'avoit pas un denier de reste oui faisoit plus d'excessives despenses que les dames de qualité.
Gautier Garguille.
Je t'ay desjà dit que, pour les colets, cela estoit réformé ; mais comme tu as veu autre fois que les hommes portoient des chausses bouffantes de taffetas ou de velours , sortant par les fentes au dehors , les dames les portent maintenant sur les manches, hormis qu'une partie gastent tout avec
1. On comprend qu^il s'agit ici des touffes de rubans dont on ornoit le dessus des bottes et des souliers , et qui fornoient des rosaces larges comme des laitues pommées.
2. Sur la mode de ces collets à quatre ou cinq étages, voyez les Caquets de Vaccouchèe^ p. 49.
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leurs fausses perruques sous poudrées de poudre de Cypre'. Je sçay bien, si elles m'entendoient, elles pourroient dire : Nostre Dame! m'amie, ma commère, qu'est ce cy ? De quoy se meslet-on ? Qu'a-t-on affaire de nos menues folies ? Patience, mes bonnes amies, attendez le reste sans vous fascher.
I . Ce détail se trouve aussi dans la Propriété des hottes en tout temps. Voyez la note que nous lui avons consacrée , Variétés y \. 6, p. 35,
Fin.