‹ Chansons de Gaultier Garguille [pseud]Chapitre 126 sur 137 · SUR LES AFFAIRES DE CE TEMPS · texte numérisé non relu

SUR LES AFFAIRES DE CE TEMPS

À PARIS

Avertissement aux Lecteurs.

I se passe maintenant tant d'affaires en l'autre monde, et les esprits s'y rencontrent si dru et nous viennent voir si souvent, qu'on est contrainct, bon gré mal gré, d'en parler ; mais, comme on sçaît que plusieurs ont peur des esprits qui reviennent la nuit, après une longue et meure délibération, quy a retardé mesme l'impression de cette pièce, on n'a pas esté d'advis d'y laisser le tiltre qu'elle

I. Cette pièce n'est pas citée par M. Brunet dans le JftfnutL Elle est fort rare. Je ne Tai trouvée mentionnée que dans un petit livret qui dut en suivre de près la publication : l'Ouverture des jours gràs, ou Vtnirftitn du camayal^ 16^4, în-8. Nous l'avons reproduit dans les Variétés histor. et Utt.,

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avoit auparavant, à sçavoir : De l'Ombre de Gaultier Garguif; outre que, comme plusieurs ont esté touchez de sa mort, plusieurs ont aussi escrit plus par affection que par vérité, témoin ces révélations >, qu'on a déjà fait courir, aussy fausses que les deux premières pièces, quy ont esté bernées et mesprisées avec juste raison, et que vous n'auriez jamais eues si les imprimeurs n'y eussent esté trompez les premiers. Qut si ces pièces précédentes, pour estre trop fades, vous ont desgoutez, on a fait une si bonne sauce â celle-cy, que Gros Guillaume asseure et jure, par ce quy est de plus facétieux dans ses extravagances et ses brocards, qu'il ne sauroit vous servir d'un meilleur plat à l'hostel de Bourgongue, et que, si vous digérez et distillez bien ces pen* sées, à force de nre, vous ne pisserez que de l'eau rose. Gardez vous donc bien d'en faire des cornets d'espices et de doux de girofle ou des mouchoirs, sur peine de mourir de mélancolie et devenir sec et jaune comme reguelisse ; veu que, si jamais pièce de la foire Sainct-Germain mérita vostre caoinet *, c'est celle-cy, quy, au lieu d'un

ques-

avoit d'autres qu'il n'a plus, et vous allez voir qu'il a perdu au change. Il servoit à désigner particulièrement un coffre de bois de senteur où les femmes enfermoîent leurs fanfreluches les plus précieuses, ou bien encore les livres et les écrits qu'elles vouloient garder soigneusement. Quand le Sganarelle de P Amour médecin veut proposer à sa fille uu présent qui lui plaise, que lui offire-t-il? Un cabinet de la foire Saint-Germain. Ici , pour témoigner du prix de la pièce qu'on annonce, où dit-on qu'il faut la placer? Dans un cabinet de la foire Saint-Germain. D'ordinaire c'étoient de pe-

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sol qu'elle vous reviendra maintenant, vous coustera plus d'un teston aux jours gras. Au reste, que ce changement de tiltre ne vous re-

tits vers bien mignards, bien prétentieux qu*on serroit en ces cassettes odorantes. L'homme sérieux n'avoit garde d'y aller chercher. Ce qu'il dédaignoit le plus , comme leaure , trouvoit là toujours, suivant lui, un trop complaisant refuge. Écoutez Régnier dans sa satire II :

Si quelqu'un , comme moy, leurs ouvrages n'estime , Il est lourd, ignorant, il n'ayme point la rime; Difficile, har^eux , de leur vertu jaloux , Contraire en jugement, au commun bruit detdUs : Que leur gloire il dérobe avec ses artifices , Les dames cependant se fondent en délices , Lisant leurs beaux escrits , et de jour et de nuict Les ont au cabinet, sous le chevet du lict.

• Alceste ne parle pas autrement, lorsque lui, sérieux esprit, que toutes les mignardises efféminées des poésies à la mode affadissent, il renvoie à sa vraie place, c'est-à-dire parmi les rubans et les fadeurs, le sonnet pomponné d'Oronte, en lui disant :

Franchement, il est bon à mettre au cabinet,

Molière se souvenoit certainement de la tirade chagrine de Régnier quand il écrivit ce vers ; et il devoit être d'autant plus porté à se servir du mot cabinet dans le sens qu'il lui conservoit ainsi, qu'à cette époque même une société de petits rimeurs au musc et à l'ambre s'étoit formée sous le nom de Cabinet, dans le but hautement avoué de parfumer le monde de leurs aimables rimes. La Bruyère a nommé en

J>assant (édit. elzev., t. i, p. 395) cette petite académie à a rose , de laquelle dévoient faire partie tous les Oronte de [ la cour et de la ville. Le mot d' Alceste n'avoit donc que plus

I de malice. Tout le monde le comprit, au XVIIe siècle, dans

le double sens que je viens de dire, mais personne, à coup ' sûr, avec l'acception beaucoup moins digne qu'on lui donne à présent , et qui est de notre époque. Je tiens à préciser ce fait par amour pour Molière, dont ce vers, mal senti , tendoit à déconsidérer le chef-d'œuvre. L'odeur y est toujours, mais ^ ce n'est pas la même.

Gaultier Carguille. 1 3

iM^Mi

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tienne pas d'y mettre vostre argent ; car, apcès ravoir ieu, vous .aurez le cœur bien dur et serez bien desdai^ieuxsi vous ne pardonnez à Pimpdmeur une si douce tromperie, et s'il a déguisé ou retranché quelque chose quy eust peu faice vt|[ue vos femmes fussent mortes de joye.

Songe arrivé â un Homme d'importance SUR LES Affaires de ce temps.

e Gros Guillaume, ayant bien souppé aux Trois maillets^, la veille des Ro^s, jour pour jour, eut, dans son premier somme, une vision autant agréable' qu'espouvantable, à l'heure proprement que les champignons croissent dans les jardins et que le guet revient à la ronde. Ce fut l'ombre de Gaut-

I . Le cabaret des Trois maillets se tronvoit tout près du .théâtre de Gaultier Garguilie et de Gros GuilUume. «Sortee-vous , est-il dit dans les Visions admirables du pUerinéu Parnasse^ etc. (163$, io-6, p. 205), sortez-vous de Phûtel de Bourgogne , avez-vous le sang edhauffé d'avoir «nteadu Péioqueace admirable.de M. Bellerose, et d'avoir vu tant de beautés qui paroissent en son théâtre, il vous £aut aller rafraîchir aux Trois maillets , qui en sont si proches que YQits diriez véritaiblement qu'on y a établi ce cabaret cixprés pour les. auditeurs dudit sieur .Bellerose, ni plus ni moins que le peuple romain avoit £ait. dresser cette superbe fontaine;, T(h- Ifema meritoria , à la sortie du Colysée, pour désaltérer ,liss spectateurs des jeux et des fêtes pHibtiques qui s'v représentoient.» Nous montrer Grofr-Guiilaurae au cabaret, c^«st pour ainsi dire nous le faire voir chez lui. « Ce fut toujours

un bon gros ivrogne, dit Sauvai Pour être de belle ha-

meur, il falloit qu'il grenouillât et qu'il bût chopine tivtc son compère le savetier dans quelque taverne. »

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tîer Garguif qui s'apparut à luy, dans la mesme foime. qu'il avoit sur te théâtre, etquy Iny dit œs paroUes avec une voix ^semhlahle à celle .d!]fn esprit :

«Cher amy, d'avec lequel Je n'ayjamaîiété s^aré de-plus loin que de la largeur id'une tabk Gttuvierte aei)onne8 viandes, û'ayes4)ointde psuc; je suis non pas ce fameux don Quichûtte, à .qny les. mouches, les choux et lesinoulins donnoient l'espouvante , mais cest imparagonable * Gauthier Garguif, la fleur de l'hostel de Bôurgongiie, Phoaneur du théâtre et le bon père des bonnes chansons. Tu sauras que la Normandie m'enfsmta^ entre la poire et k fromage ; qu'en ceste année ks pommes vim-ent en teUe abondance

Êil y eut doubk automne, et qu'on apprehentpas moins ç[u'un déluge de cidre. On vit, en plusieurs endroits, rire des pkrres, des arbre»;., des citrouilles et des personnes quy n'avoient ry de plus de quarante ans. Ce quy mt interpresté par Nostradamus, qui vivoit pour lors, que ma naissance seroit alors la mort de la mélancolie et la production d'un homme qui auroit un souverain remède contre le mal de rate. Encone que le vieux proverbe dit que de ce pais il n'en vient point de meneurs d'ours ny de basteleurs, il est très vray pourtant que j'en suis venu aussy bien que toy ^ Si j'ai à me plaindre mamtenant,

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