‹ Chansons de Gaultier Garguille [pseud]Chapitre 129 sur 137 · Il y avoit déjà des loges grillées au théâtre; le P. San · texte numérisé non relu

Il y avoit déjà des loges grillées au théâtre; le P. San

198 Appendice.

et dont les yeux disputent fort et ferme avec Jupiter de la puissance du foudre , à raison, prindpallement , qu'elle nous a servy pour faire venir plus de monde à Phostel de Bourgoffgue' que ne fera jamais Guillot Gorjut ny un bouchon, men vert du meilleur cabaret de Paris. Ce testament chante ainsy :

» Je donne et lègue à madenroiselle Vàillot», pour l'honneste affection dont j'ay toujours tasché de mériter ses bonnes grâces, mes manches' de ratine de Florence , pour en faire ce qu'elle^ voudra.

» Je donne et lègue vingt-quatre escus d'argent pour marier soixante des plus belles filles quy viennent d'ordinaire à la comédie, et cela, aui

leequeen parle dans sa satire de la Fausse direction^ et dh que les prêtres y vendent quelquefois pour assister à la co-^ raédie: Mats ce n'est pas de celles-là que Pon veut parler ici. Il s'agit certainement de loges à treillis où se plaçoienti les musiciens et les musiciennes, qui, jusqu'à la Psyché de* Molière (1672), refusèrent de se faire entendre autrement que derrière cette sorte de cl?iirvoie. Dans la Psyché, lit-on dans le registre de Lagrange, «on surmonta ces obstacles, et i avec quelques légères dépenses on trouva des personnes qui drantèrent sur le théâtre, à figure découverte, habillées' comme les comédiens; savoir : Mademoiselle de Rienir, MM» Forestier, Ribcm, Mosnier, Poussin, Champenois, mademoiselle Turpin, Grandpré.»

I . Il en a dé)à été parlé tout à l'heure. C'est elle que Talle^ mant appelle la Vaillote (t. 10, p. 42). Elle mourut à la fin de'1672 (Hist. du théâtre franc., t. j, p. 28, 89). Sa fille, mademoiselle Chanvallon, fut aussi comédienne. Mademoiselle Vaillot, selon TaUemant, étoit une personne « aussi bien faite qu'on en pût trouver. » Elle a eu bien des galans , aj«ute-t-il, «lorsqu'elle nevaloit plus rien, l'abbé d'Arraemière, qui devint après l'aîné, par la mort de son frère, la tira du théâ^> tre, et en fit le fou à un point si étrange , qu'après sa mort* il eut longtemps le crâne de cette femme dans sa chambre.»

Appendice. 199

prorata de l'argent et selon le tost des mariages dcPancienne Gaule.

» Je donne et lègue mon chapeau le plusbault de forme à tous ceux quy portent des armoiries d'Actéon , sans discution ny division quelconque.

» Je donne et laisse à prendre à madamoH seDe Beaupré » et madamoiselle Vaillot une rente viagère sur le plus liquide de l'hostel de Bourgongne, pwrr se remarier dans sept ans dicy, selon que porte l'ordonnance, à compter du jour et heure de ma mort, pourveu qu'elles aient nouvelles et bon certificat comme leurs maris sont morts à quelque bresche et en quelque ba^ taille navale, et non autrement.

» Je donne et lègue, de plus, à madamoiselle de La Fleur >, le reste des sirops de ma maladie, pour luy adoucir un peu la voix.

I. L'une des plus anciennes de la troupe. Tallemant dit q^'en 1649 elle étoit vieille et laide; mais, comme il le prouve, elle n'en avoit que plus de pimentions, au*elle soutenoit, contre ses rivales, même Tépée à la main (t. 10, p. 4S,

pièces de Corneille et de Topmion qu' comédiens : « La Beaupré , écrit-il , excellente comédienne de ce temps-là , qui a joué aussi dans les commencemeos de la grande réputation de M. Corneille, disoit: «M. Corneille » nous a fait un grand tort : nous avions ci-devant des pièces » de théâtre pour trois escus , que l'on nous faisoit en une » nuit; on y étoit accoutumé, et nous y gagnions beaucoup; » présentement, les pièces de M. Corneille nous coûtent Dbien de l'argent, et nous gagnons peu de chose.»

2. Ce doit être la femme de Gros Guillaume, lequel , comme on sait, avoit un second surnom, qui étoit La Fleur. Il le prenoitj comme Gaultier Garguille celui de Fléchelles, etTUrlupin cdm de Belleville, quand il jouoit dans le sérieux. On le nomme même ainsi dans les Jeux de l'inconnu (1635, in-8, p." 158), bien qu'il n'y soit mentionné qu'à titre ae farceur.

200 Appendice.

» Je donne et laisse à tous les goutteux de Paris , et principalement à Gros-Guillaume, la souplesse de mes jambes i, encore que sa graisse soit cause qu'on accuse la nature de prodigalité en sa vénération *, et que les meilleurs médecins de la raculté l'ayent censé et réputé immeuble.

» Pour mes papiers, tant mobiliers Qu'immobiliers, quy consistent en une liasse de chansons, je les laisse par indivis aux imprimeurs et aux dames.

» Je donne et laisse à deviner à tous les esprits de chamoys et de cuir boulu à couleur de bronze que le vulgaire ignorant appelle esprits forts où j'ay peu desrober la matière de ces gaillardes chansons ^

1 . Gaultier Garguille, malgré son âge, étoit en effet trèsalerte. Dans les Révélations de Maistre Guillaume, ce bouffon dit qu'il souhaiteroit avoir la souplesse de son compère Gaultier Garguille, pour sauter les murailles du couvent des Cordeliers. Gros Guillaume, à qui Gaultier lègue ses jambes, s*en seroit fort bien trouvé : le pauvre homme étoit fort goutteux. Il étoit de plus affligé de la gravelle, et, malgré cette complication d'mfirmités qui panois lui arrachoient des larmes , il faisoit rire. « Ce qu'il y avoit de plus surprenant en lui, dit Sauvai, c'est que quelquefois, sur le point d'entrer au théâtre avec sa belle humeur ordinaire, la ç-avelle et la pierre, dont il étoit souvent tourmenté, le venoient attaquer si cruellement qu'il en pleuroit de douleur; cependant il se faisoit violence, il jouoit son rôle malgré de si grands maux, et, malgré sa contenance triste et ses yeux larmoyans, il divertissoit autant que s'il n'eût point senti de mal. Avec une si grande infirmité, il vécut jusqu'à près de quatre-vingts ans , sans être taillé. »

2. Il étoit énorme, ce qui faisoit dire qu'il marchoit longtemps après son ventre. «Cette incommodité cependant, qui auroit nui à un autre, dit Sauvai, étoit ce qui lui servoit le plus à faire rire. »

3. Gaultier veut-il dire par là : «Je laisse à deviner quels sont les endroits où j'ai pris les chansons que j'ai données pour miennes ?» On a vu dans ces notes que nous avons

Appendice. 201

» Pour ma calotte doublée des sept arts libéraux, que j'avois eue des meubles d'Aristote après qu'il fut noyé , je la lègue et donne aux fous des petites maisons, tant à ceux quy le sont toute Tannée qu'à ceux quy le sont par quartier.

» Pour mon office, à cause que )e ne sçay s'il est meuble ou immeuble, je ne le laisse à personne.

» A tous ceux et celles, de quelque âge, sexe ou condition qu'ils puissent estre, quy ont augmenté nos revenus, comme aussi à tous fripiers, pâtissiers, cabaretiers^ vendeurs de biscuits et macarons I, quy ont gai^é leur vie avec nous et contribué à nos dessems, je lègue et donne ma bénédiction.

» Aux filous, en quelque pais, climat ou région qu'ils puissent estre à l'heure que je parle, soit en l'un ou en l'autre hémisphère, je donne et lègue irrévocablement ma melediction, dès à pre-

nous-méme essa^jré de le découvrir, et que nous y avons quelquefois réussi.

I. Il y avoit déjà un buffet dans le théâtre, tenu pa^ce qu'on appeloit la distributrice. Voyez à ce mot le didlonnaire de Richelet. D'abord ce qu'on y prenoit n'étoit pas friandise de premier choix. «J'ai vu le temps, dit Chapuzeau, que l'on n'y tenoit que de la bière et de la simple tisane , sans distinction de romaine et de citronnée. » Mais ce fut bientôt beaucoup mieux. La distributrice eut deux places au théâtre, l'une près des loges et l'autre au parterre, <c Ces places , dit le même Chapuzeau , sont ornées de petits lustres , de quantité de beaux vases et de verres de cnstal. On y tient l'été toutes sortes de liqueurs qui rafraîchissent , des limonades, de l'aigre de cèdre, des eaux de framboise, de groseille, de cerises, plusieurs confitures sèches , des citrons, des oranges de la Chine, et l'hiver on y trouve des liqueurs qui réchauffent l'estomac, du rossoli de toutes les sortes , des vins d'Espagne, de la Cioutad, de Rivesalte et de Saint-Laurent. »

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seitr comme tousjours; et veine et entends que, pour avoir sauvent troublé la comédie, ils soient sons corrtredict déclarez, an son de la trompe y

Crbateurs du repos public et ennemis du genre lin , et en ce cas elle' leur tiendra nature de propre, à la diarge qu'ils feront part de ceste donation aux anciens maîstres de l'bostel de B^urgongne- quy nous ont suscité des procez ».

» A la réserve de ceux que je viens de nommer, piwir monstrer que je n*ay point de venin sur le^ctEur ny de fiel'non plus qu*un pigeon, je pardonne à tous mes ennemis, visibles et invisibles, dfe'poil ou de plume, soient qu'ils soient nez ou à naistre ; et principalement à tous les sculpteurs, peintres jurez, graveurs de Paris, quy ont fait nos* portraits depuis peu en naturel », à savoir: de Turiupin, de Guillaume, de Fracasse et de moy; et nous ont mis dans les almanaks comme quatre signes nouveaux apparus au firmament, car cela a esté un présage de ma mort, etc.

lù.Avec quelque, chose que. je. laisse au bon-

1^ ir«usr en 3vobs pairie dans notre introduction.

X. 0ri a detous' les prrocîpsox actevrsde Ittôtel de Bonrgo^mf des portraits dessinés par Grégoire Haret et gravés par Roiisseiet, sauf celui de Joddet , dont Convay a fait' la gra> wre; Au bas de chacun est une inscription de six rers. C'est sai» dôme me réduction de ces estampes qui aToit servi pour le» almanachs dont on parie ici. Les principales ont été reproduites dans le Magasin pittoresque, t. 2, p. 1^4-166^ H exiite aussi une gravure de Mariette représentant la scène da Màri&y Wmt de cdles qui. avoient le plus' de succès à l'hôtel dr Bourgogne, et que jouoient Gros-GuiHanme et Turfupin, yo^TCatiA. Solehme, t: 5, 2*'p«tie, p. 200. Sbuvent, en d^aretlies scèties, c*^ Ûrosr€tnlUi«ne qui fooort la fenrme. IlS'en représentèrent une de ce genre devant le cardînal de Richelieu. Voyez Boucher d'Argis, Variétés hisîor., phys. et littér., t. 1,2" partie, p. J2i.

Appendice. loj

bonmre maistre Georges », à la chai^equ'îl prendra le soin de la décoration de mes funérailles.

» Le tout signé, paraphé et dûment collationnê comme dessus, en date du huict décembre sir cens trente-trois.

»Voîlà, cher aray, les clauses moins mdanco*liqucs^de mon véritable testament, où jen'ay adjoasté que les points et les virgules quy ne sont dans la minute chez le notaire.

» Je te conjure par le fleuve du Styx, et* parta' fbœme quy dort à tes costee», de vouloir en advertir le peuple la premi^ fois que tes gouttes* te permettront de monter sur le théâtre.

»Pour ceste Rencontre de Tabarin et de moy en Fautre monde, c'est une chose aussy fausse

£e le Testament ; car depuis que je suis habitant ce sombre pays, où je ne l'ay veu ny entendu, encore qu'il fftt mon beau-père, ayant Quy nouvdle qu'il ait déjà passé avec ces fameux* Angoulevens, Vrferans J, et quelques-uns de noy poètes deiiuncts sous les myrtes amoureux.

» Tous ceux que j'ay rencontré d'abord forent Jean Peth, Pierre de Larryvet^, quy expient

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