‹ Chansons de Gaultier Garguille [pseud]Chapitre 133 sur 137 · L^ENTRÉE · texte numérisé non relu

L^ENTRÉE

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GAUTIER GARGUILLE

EM l'autre monde Pocmc satyriquc. M.D.C.XXXV

In-S*

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e battelier d'enfer réparoit sa nacelle^ ^ Rompue sôus le £aix d'une ame crimineUe> [bond,

Lorsque Gautier Garguille, arrivant fiui-

1 . Bien que cette jpfièce ait déjà été donnée dans les (Etpvres de Tabarin (édit. elzevir., t. 2^ p. 493), et bien que Dous-méme , â un moment où nous ne pensions pas qu'on nous confîeroit l'édition du présent recueil , nous l'a}rons reproduite au tome 4, p. 221, des Variétés histonqua et littéraires, nous tie pensons pas devoir l'omettre ict. Elle nousparote indistpemable pour compléter rensemble «tes Ih- ▼rets relatifs à Gaultier Garguille. Nous croirons toutefois inutile de répéter les notes, d'ailleurs peu nombreuses et peu importantes, que nous lui avons consacrées dans les Variétés, et qui se retrowvent presque toutes dans Pannotationdes pièces <}ui la précèdent ici.

2)2 Appendice.

S'écria : Passe-moy sans attendre un second , Vieillard, et ne permets que deux fois je le die. Car je suis de la farce en une comédie Qu'on joue chez Pluton. Si tu tardes beaucoup. Le moindre des marmots t'y donnera son coup.

Ce discours dépita l'homme à la vieille trongne : Tu n'es plus, ce dit-il, à l'hostel de Bourgongne; Il ne faut pas tousjours rire et tousjours chanter. Icy-bas les esprits ne se pourront flater Dans le sot entretien de tes pures fadaises.

On n'y sert point de noix, demoures ny de fraises. Et tu n'y peux tenir un plus insigne rang Que de pescher sans fin un grenouiller étang; Ne précipite point ta course malheureuse :

Tu ne sçaurois manquer cette charge honteuse. Gaultier luy repondit : Profane, sçais-tu bien Que les grands se sont plus à mon doux entretien ? Un seul ne me voyoit qui ne se prist à rire.

Ay-je pas mille fois délecté nostre sire ? Bon Dieu ! si tu sçavois que je suis regreté Et que l'on a souvent ce propos répété : [mage! Las ! le pauvre Gaultier, hé I que c'est de dom- Bref, si je retoumois, on me feroit hommage.

Puis, Caron, en riant: Ouy, tu retourneras; Cela dépend de toy; marche quand tu voudras.

Il ronfloit en tenant ce discours à Garguille, Car il ne se lassoit de pousser sa cheville A l'endroit dépecé de son basteau fatal.

Mais Gaultier en colère : Espères-tu, brutal, Que je-puisse longtemps tarder en ce rivage?

Passe-moy vitement , je payeray ton gage ; Ne te deftie point d'un homme comme moy :

Je suis tout plein d'honneur, de justice et de foy. Lors, entrant au batteau, l'homme à l'orrible face.

Appendice. 233

Saisi de ses outils^ le conduit et le passe.

Il demande un denier; mais, montrant ses talons, Gaultier dist en riant : Je n'ai que des testons. Si tu ne me veux croire, avant que je dévale , Va-t'en le demander à la trouppe royalle ; [veau, Et cependant, s'il vient quelqu'un mort de nou- Je le puis bien passer ou le mettre dans l'eau ; Sinon, viens avec moy chez Pluton et sa garce ; Tu ne bailleras rien pour entendre la farce.

Caron, voyant que tout alloit de la façon, Juçea qu'il le vouloit payer d'une chanson.

Il dist entre ses dents : Jamais homme du monde Sans avancer l'argent ne passera cette onde.

Garçuille, de ce trait tout aise et tout joyeux, Le signe en s'en allant et du doigt et des yeux; Il l'estime nyaîs, et, secouant la teste, Monstre qu'il duperoit une plus fine beste.

Cependant il arrive à la porte d'enfer, Où, frappant comme un sourd, il resonne le fer. Il tance le portier, qui rit de sa colère; Mais aussi tost qu'il vit l'effroyable Cerbère, Qui, faisant le custos, y sembloit sommeiller, Il passa doucement de peur de l'éveiller; Car, n'ayant jamais veu de si terribles suisses, Il craignoit d'estre pris aux jambes ou aux cuisses. Mais comme il fut devant le palais de Pluton, Un huissier rechiçié luy monstra le baston :

Quoy ! fol outrecuident ! cruelle effrontée escorte T'ose bien faire voir le cuivre de la porte ? Le roy demeure icy; les juges criminels N'osent voir sans congé ses louvres étemels, Et tu viens hardiment en cette digne place!

Juge donc le péril où t'a mis ton audace.

Cela dit, il le chasse, et neantmoins Gaultier

234 Appendice.

S'efforce de monstrer des traits de son mestier En chantant et dansant ^ mais enfin se retire. Voyant que de &e$ tours l'huissier ne vouloit rire. Après avoir erré mille détroits nombreux»

Il se trouve au palais où tous les malheureux Vont comparoir devant le& majestez sublimes De ces trois presidens quicondamnent les crimes. Les sersens conduisoient un méchant garnement Devant Te sieur Minos pour avoir jugement.

Le fou, qui vit cela, sentit son ame atteinte En ce mesme moment de froideur et de crainte. Car le ju^e leur dist : Je croy que vous rêvez; Pourq^noi n'amenez-vous ces autres reprouvez ? Veux-}e pas à chacun prononcer sa sentence A la proportion de son énorme offence ?

Ce fiit là qu'en fuyant notre pauvre Gaultier Monstra qu'il n'estoit pas le fils d'un savetier. Avoit-il pas grand tort de passer les devises. Puisque les champs heureux à ses fautes remises N'estoient pas déniez? La curiosité Apporte bien souvent 4e l'incommodité :

Il le reconneut bien , car il jura dès l'heure «De ne retourner plus où le juge demeure.

Quand il fut arrivé dams ces prez où les fleurs Conservent à jamais l'edat de leurs couleurs^. Où cent flots argentez arrosent les herbages. Où l'air purifié, n'a jamais de nuages, Et* où l'on ne voit point changement de saison Dans l'ordre qu'y fait voir l'étemelle raison, Il se coucha tout plat sur l'herbe et les fleurettes, Mais il tesmoifioa bien, par mille chansonnettes. Le plaisir qu'il avoitd'estre hors du danger. Tabarin, le voyant, s'en vint le langager.

Jugeant à sa façon que c'estoit un bon drole.

Appendice.. 23)

Et qu^avoientesté nourris en mesme école.

Je ne m'estonne point s'ils se firent accueil. Car toujours le pareil demande son pareil.

Si tost que Tabarin eut fait la connoissance,, Garguille s'écria : C^ue j'ayme la présence ! Incomparable esnrit, subtil y facétieux , Personne ne te naît sous le bassin des cieux. Quej'ay pris de plaisir à lire ton beau livre! Je nfavoisautre soin, autr^ bien, que de suivra Tesbeauxjenseignemens,qui.sont poudrez d'unsel Tel que nos devanciers n'en ^ustèrent de telJ L'^utce,à.qui£e discours sentoitcommedu baume. Et qui n'eusttant prisé la lecture d'un pseaume, Se voulut informer des bons garçons du tans Et de ce qui s'est fait depuis vmgt ou trente ans; Mais Orfée parut, maraué de mule playes Qui font encore voir si. les fables sont vrayes. Quand Garguilie^utapprisque c'estoit ce cuneur: Nos.poêtes, ditril, sont bien d'une autre humeur; Ils ne se feront point mettre le corps en pièces Faute d'aimer laiemme; ib ont tous leur» mat*-

tresses, Et plustost deux que trois. A ces mots Tabana. Ayant trouvé du goust , fist un ris de badin; Mais Gautier, s'ennuyant de se voir inutile, Dist qu'il vouloit monstrer comme il estoit habile, Si tost qu'il auroit sceu les agréables lieux Où les comédiens font admirer leurs jeux* Alors, sans différer, il courut sur les friches Pour voir en toutes parts s'il verroit des affiches ; Mais quand il n'en vist point, et qu'il fut asseuré Que là son bel esprit seroit moins admiré Que parmy les humains, il se change en tristesse, Fasché de n'y voir pas rire de ses souplesses.

a)6 Appendice.

Il court de tous costez, hurlant à tout moment Un discours qui ne dit que : Paris! seulement. Il se met sur un mont, où vainement il tâche, Planté sur ses orteils, d'aviser Sainct-Eustache. Un esprit politique, ayant tout écouté, Le voulut faire Doire au fleuve de Lethé, Afin que des humains il perdit la mémoire :

C'estoit vouloir sans soif forcer un asne à boire. Car Gautier repondit que seulement aux bain»

On se servoit de l'eau, et pour laver les mains. Il s'enfuit sur ce point , dépassant d'une lieue L'esprit, qui, moins subtil, est encore à sa queue. Je jure mon cornet qu'il aura beau courir.

Le fou ne boira pas, et deust-il. en mourir.

Il marque de ses piez la terre qui resonne,' Et fait voir en sautant au'un fossé ne l'etonne. Chacun juge là-bas, à le voir si léger, Que son mestier etoit d'apprendre à voltiger. Il a jambes de cocq et tout le corps si graisle Que le vent pourroit bien l'emporter sur son aisle. Mais c'est tropguarguillé'.siquelqu'unleveutvoir, Qu'il aille à l'autre monde ; il s'y fait prévaloir, Ayant enfin guaigné l'azile d'une rocne Où je ne pense pas que jamais on le croche.

Fin.

LA RENCONTRE

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