Ancien Théâtre, t. 4, p
Gaultier Garguille, d
l La Farce et la Chanson
La forme qu'ils avoient adoptée pour leurs comédies n'étoit pas non plus différente de celie des farces : lisez l'Eugènty de Jodelle, les Eskahis^ de Grévin, ia Reconnuey de Remy Belleau, ksDéguisés, de ^ean Godard : c'est toujours l'ancienne mesure, le vers de huit syllabes ou de quatre pieds, comme on disait alors. Quelquesuns admettent, il est vrai, la forme plus académique du vers de douze syllabes; mais alors, par compensation^ ils retonibent plus profondément dans la farce. La Nouvelle tragi-comique dn capitaine Lasphrise, écrite dans le rhythme majestueux de l'alexandrin, n'est, par exemple, autre chose qu'une farce. « Ce petit drame satirique, dit M. Sainte-Beuve l, dont le sujet rappelle les Noces de Baschéf ou les mauvais tours de Villon ,
Eotirroit appartenfar aussi bien à l'époque de Raelais qu'à celle de Hardy. » Il arrivoit même que les nouvelles pièces n'étoienî que d'anciennes, remises à neuf scois cette forme, qui les gàtoit et les alourdissoit. La Farce joyeuse et proffitable à un chacun, conteBoni la ruse, meschanceté et obstination d'aucunes femmes par personnages, publiée en 1 556, a, dans toute sa première partie, été ainsi maladroitement remaniée en vers de douze syllabes.
La jeune école, oien qii^elle eût mis l'ancienne à contribution, comme vous venez de le voir, et qu'elle dût tout le reste aux littératures de hnitiquité, se donnoit des airs de nouveauté qui fiiurent par lui assurer une sorte de vogue. Peu à peu l'on prit goût aux tragédies et aux comé-
I . Tableau histor. et critique de la poésie française et du thâdtre au XVU silcU, Paris, 184^, iiHiS^f . 241.
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dies, à la condition toutefois que quelques drôleries seroient données au commencement ou à la>£Q du spectacle. Il y eut grande affluenceaux représentations des collèges, seul endroit où ce genre de jeux dramatiques fût permis. Les confrères de l'hôtel de Bourgogne restèrent un peu abandonnés^ et enragèrent d'autant plus que leur privilège ne leur donnoit pas de prise contre ces spectacles scolaires. Cependant, comme les représentations rivales n'avoient lieu qu'à certains fours, de loin en loin , ils auroient pu tenir bon, û, par malheur, ils n'avoient eu tout à coup à lutter contre une autre vogue bien plus redoutable^ car la cour tout d'abord se déclara pour eUe«
Depuis cinq ans, des troupes de comédiens itaUeos, les Comici Ccnfidenîiy ayant avec eux la belle Maria Malloni, et les Comici Celosi^ avec Orazio Nobili de Padoue pour puer Viaamorato^ et Lucio.Bui:chiella pour tenir l'emploi de Gra^ ÛMo y parcouroient les provinces S mais nV soient approcher de Paris, où les confrères régnoient en maîtres. Henri III, qui, sans doute, les anroit vus lors de son passage à Venise, où ils étoient retournés après une campagne en France , eut envie d'attacher à sa cour, déjà tout italienne, l'une des deux troupes , et celle des Gelosi fut mandée à Blois pour la fin de 1 575. En route un parti de huguenots les arrêta et les mit à rançon. Henri III paya la somme, et au mois de février les comédiens libérés « commencèrent, dit l'Estoile, à jouer leurs comédies dans
I. Voy., à ce sujet, un curieux article de M. Ch. Magnio, Revu da Deux^MondeSyi^ décembre 1S47, p. 1 099-1 100.
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la salle des Estais à Blois. » Quatre mois après, le 19 mars, ils étoient à Paris, dont la protection du roi leur avoit sans doute ouvert l'entrée, et ils obtenoient un succès immense à l'hôtel du Petit-Bourbon, où, par une autre faveur royale, ils avoient pu dresser leur théâtre dans la grande galerie. «Ils prenoient, dit l'Estoile, quatre sols de salaire par teste de tous les François, et il y avoit tel concours , que les quatre meilleurs prédicateurs de Paris n'en avoient pas tous ensemble autant quand ils prêchoient». » Les confrères s'inquiétèrent d'une telle affluence , et, en vertu de leur étemel privilège , ils mirent le parlement en campagne contre ces nouveaux venus qui osoient lamuser le peu{)le et faire de belles recettes ; défense leur fut faite de continuer leurs jeux. Ils présentèrent requête pour que l'interdiction fût levée ; mais la. cour leur fit enjoindre de n'avoir plus à déposer dételles lettres, <( sous peine de 10,000 livres parisis d'amende applicables à la boette des pauvres.» Le roi intervint alors, et aux premiers jours de septembre // Gelosi avoient repris leurs représentations dans la salle du Petit-Bourbon; ce dont s'indigne l'Estoile, mais sans en être surpris, «la corruption, dit-il, étant telle que les farceurs, bouffons , putains et mignons avoient tout crédit auprès du roy. »
Les Italiens, toutefois, ne restèrent pas longtemps à Paris. Mais, bien qu'on n'y vît plus que
I. Aussi les prédicateurs, par esprit de concurrence, tonnoient-ils contre la comédie , et ne permettoient pas même au roi d'avoir des pastorales; il est vrai qu'il ne tenoit compte de leurs défenses. Vov. le Journal des premiers états de Blois f par M, de Nevers, à Ta date du 27 février 1 577.
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de loin en loin de pareilles troupes, une en i J84, une autre en 1 588, qui, après avoir attiré au roi une remontrance à Touvenure des seconds États de Blois, s'attira à elle-même une défense de continuer ses représentations ; bien que beaucoup de gens pensassent tout bas ce que le morose harangueur des États avoit dit hautement : « Les jeux des étrangers Italiens sont un grand mal», le coup étoit porté ; la mode pour les choses de théâtre fut dès lors toute à l'italienne. C'est vers ce temps qu'un Florentin, Pietro Giunti, se mit à se faire un nom et des œuvres, le tout traduit de l'italien. Il se baptisa Pierre de l'Arrivey ', et s'appropria pour les arranger à la francoise les pièces qui avoient le plus de succès au-(îelà des monts *. Les six premières parurent à Paris chez Abel l'Angelier en 1 579, c'est-à-dire au plus beau moment de la vogue excitée par l'apparition de // Gelosi. En 1611, bien que cette mode fût un peu passée, comme nous le verrons, il fit paroître ses dernières pièces à Troyes, où il étoit chanoine de l'église de Saint-Étienne. D'autres firent pour la farce ce qu'il avoit fait pour la comédie plus sérieuse. On fut alors inondé de facéties à l'ita- Uenne , cjui prirent sur le théâtre la place des sermons joyeux et plaisans devis qui avoient longtemps, de leurs saillies toutes fi'ançoises, défrayé la gaieté publique. Pour qu'on juge du nouvel espnt qui se donnoit ainsi, de par l'autorité de la mode, droit de bourgeoisie en France, il nous suffira de rappeler le Testament solennel du Co-