Loret, Muze histor,, 31 mai
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l'influence italienne. Quand voyons-nous, en effet, paroître sur notre théâtre des pièces en prose ? A Wpoque même où // Gelosi nous visitèrent pour la première fois. Nous n'en avions pas eu avant la Lucelle de Louis Le Jars; or cette tragi-comédie en prose est justement de i J76, année de la venue de ces étrangers K Presqu'ausitôt après ce fut le tour des comédies de L'Arrivey, qui, je n'ai pas besoin de le répéter, furent faites sur le modèle des improvisades italiennes». Ensuite vinrent, en IJ99, V Angélique du sieur L. C; puis, en 1608, les" Bravacheries du capitaine Spavente, par J. D. F. P., toutes deux en prose et traduites de l'italien , l'une sur le texte de Fabrice de Foumaris, l'autre sur celui de Francesco Andreini. Ce qu'il ne faut pas oublier de faire remarquer, c'est que les mitiales J. D. F. P. qui servent de signature à la seconde de ces traductions cachent le nom de l'un des confrères de la Passion : Jacques De Fonteny, Parisien K La confrérie, d'abord si hostile à la mode italienne, avoit donc enfin cédé ; elle subissoit l'influence , et, pour commencer, elles'ap-
Ï)roprioit, par la plume de l'un de ses membres, e répertoire des comédiens qu'elle avoit tenté de faire proscrire.
Cet accord inattendu, cette association de
1 . Voy. la Préface de cette pièce , où l'auteur explique pourquoi , ayant à représenter les actions humaines , il luy semble «plus séant les faire réciter en prose qu'en vers; parce que négotiant les uns avec les autres, l'on n'a pas accoutumé de parler en rhithmes. encore moins les vallets, chambrières et autres leurs semblables. »
2. Rathery, Influence de l'Italie sur les lettres françaises, p. 121.
} . Voy. sur lui nos Var. hisfor. et lltt.,t. 5 , p. J9-62, note.
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Pesprit des deux peuples , fut fait un peu en haine d'une troisièmernation qui pesoit tyranniiquement alors sur Pun et sur Pautro. Les Espoh
ris étoient exécrés partout, aussi bien en Ita-- , où on les connoissoit depuis longtemps , qu'à Paris , où les malheurs de la Ligue leur avoient permis de s'établir en maîtres, et où déjà on. les connoissoit trop. Se bien entendre pour se mo* quer d'eux , faire fonds commun d'esprit pour les tourner en ridicule, étoit de bonne guerre, et c'est ce que firent en effet de compagnie les Italiensiet ks comédiens françois de l'hôtel de Bourgogne. Les uns composèrent la pièce, les autres la traduir sîrent et la jouèrent. Le personnage ridicule de VAagéiiquey dont, nous avons tout à l'heure menh tionné la traduction françoise, est un matamone espa^ol , le capitame Cocodrille , qu'on baffoue àplaisir durant toute la pièce. Le capitaine SpckyanlBy dont Fonteny transportoit les bravacheties suriiotre scène, étoit aussi un capitan d'Espagne, mis pieds et poings liés au pilori des rieurs.
Les comédiens de l'Hôtel, une fois cette guerne engagée, avec l'alliance offensive des Italiens, allèrent un peu trop loin, et ils eureit à s'en repentir« Non contens de s'attaquer aux fanfarons espagnols, ils s'en prirent aussi aux chefs de la Ligue, à Mayenne entre autres, qu'ils blessèrent au vif, dans ce qui pouvoit lui être le plus sensible , son envie de régner, si insatiable et si peu satisfaite. Ils le jouèrent, disent lès Mémoires de Nevers S en la personne d'un certain roi Morbriani, qu'ils avoient installé sur un siège royal, avec des cérémonies ridicules. Le chef des B-
!. Tome 2, p. 82, édît. in-fol.
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gueurs n*entendoit pas raillerie : il fitfennerie théâtre, ou, pour parler comme la Ménippée ', <c il défendit les jeux de Bourgogne. » L'emplace^ ment de Phôtel lui étoit d'ailleurs nécessaire pour la construction d'un nouveau collège que les jésuites demandoient depuis longtemps ». Il ne nit donc pas fâché d'avoir un prétexte pom* feire main basse sur la propriété des Confrères. D'un autre côté, en supprimant ce théâtre, il fevorisoit celui des comédiens espagnols qui jouoient alors à Paris 3 sans beaucoup de sucfcès, et dont je serois tenté de croire qu'un certain Juan Ganasa étoit le directeur 4.
Quand Henri IV entra dans sa bonne ville, l'interdiction qui avoit frappé les comédiens de l'hôtel de Bourgogne fut tout naturellement levée. Il sembla même alors qu'une ère nouvelle comineinçât pour eux, et cela tout au profit de l'ancienne farce françoise. L'esprit du nouveau roi étoit fait pour en comprendre la vive gaieté et la franchise. Sa verve toute rabelaisienne ne pouvoit s'accommoder des prétentions pédantes de la nouvelle école classique; il ne falloit ni pastorales à l'italienne, ni tragédies à l'antique, pour ce
I. Édit. 1740, m-8, t. I, p. 198, et t. 2, p. )S6. j. Id., ibid.
3. Ils y étoient encore au mois d'août 1604 (Voy. L'Estoile à cette date).
4. Il étoit en effet vers ce temps-là en France avecme troupe de comédiens. (Poésies de Vauquelin de la Fresnaye, 1605. in-8, p. 402.) Il y étoit venu après avoir longtemps dirige à Madrid une troupe italienne. On trouve , dit M. H. Temaux dans un article relatif au théâtre en Espagne piblié par la Revue françoise et étrangère, t. i , p. 72, on trouve «ur les registres de Thôpital génial que le 1 1 janvier 1 j8j H touchoit sa part dans les recettes d'une troupe de sauteurs (volteadors) anglois. »
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vert-galant, pour ce diseur de bons mots et de bons contes : ce qu'il demandoit, c'étoit quel(jues scènes grivoises bel et bien pétries dans le vieux sel gaulois. Aussi , je le répète , il y eut alors une réaction évidente en faveur de l'ancien genre. /T"*^ On rechercha les vieilles farces , on les re- / mit en nouveau langage et on les rejoua. La I réimpression, ou plutôt le rajeunissement de la * Farce joyeuse, . . du mary^ la femme, le serviteur et le serrurier, que j'ai déjà citée plus haut, est de 1 596 ; en 1610, on réimprima aussi, à Paris, la Farce joyeuse et récréative du Galand qui a faict le coup ; à Lyon, en 1606, on publia le Valet à toutfaire, une vraie farce du bon temps; et à Rouen, en 1 599, cette Farce des Quiolars qui sent si bien son moyen âge. Le RecueiTde Nicolas Rousset dont nous avons déjà tant de fois parlé est aussi, ou peu s'en faut, de ce règne, puisqu'il parut en I 161 2. Il m'est évident que les sept farces qui s'y l trouvent n'ont été publiées « et mises en meili leur ordre et meilleur langage » que sous l'in- I fluence de l'espèce de réaction et de retour vers l'ancienne gaieté, que je crois bon de signaler ici. •j Elles furent réellement mises en un langage plus accessible aux intelligences de l'époque ', et cela tendroit à prouver-qu'on les représenta certainement sous cette forme rajeunie. Le plus souvent toutefois, comme je l'ai dit plus haut, la farce ancienne ne dut servir que comme cadre, comme idée pour de nouveaux développements, i i comme canevas pour les broderies d'un nouvel es-
- J Iprit. Prendre l'ancien patron, le modifier à sa
I . On peut voir la différence du texte ancien et du nou- , eau dans quelques variantes de la Farce de Thevot le Maire {Ancien Théâtre, t. 2, p. 395, 397).
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guise et suivant les exigences des actualités à I mettre en scène , s'en servir pour quelques-uns P de ces impromptus créés au jour le jour, que les Italiens avoient mis chez nous à la mode, et dont s'accommodoit si bien notre esprit, àmi des changements, étoient choses en enet plus faciles que ces remaniements de textes essayés dans le Recueil de Nicolas Rousset.
Nous avons d'ailleurs une preuve que le plus souvent les choses se passoient ainsi.
Lorsque madame Claude de France, fille de Henri II, dont elle étoit le septième enfant, s'étoit mariée avec Charles II, duc de Lorraine, les Enfantssans soucy avoient représenté devant la cour une petite comédie, le Pauvre villageois, composée par un poète de la Saintonge nommé J. Quintil >, et dont voici en peu de mots l'analyse :
Il n'y a dans la pièce que trois scènes et trois personnages principaux : un paysan, sa femme, et un collecteur d'impôts que deux sergents accompagnent. Le pauvre ménage est en train de se désoler sur la misère du temps , aggravée encore par les lourdes taxes qu'il faut payer, et pour l'acquit desquelles on a déjà saisi tous les meubles de la chaumière, y com[)ns le grabat qui servoit de lit. Le collecteur arrive, et cherche avec ses deux sergens s'il ne reste plus rien à
I. Il signoit quelquefois J. Quintil, du Tronssay en Poitou , comme on le voit sur un ouvrage de sa façon publié à Poitiers en 1559, in-8 : La nouvelle manière de faire son profit des lettres, traduite du latin enfrançois, tuivie du Poète courtisan. Je ferai remarquer, en passant, que ce petit ouvrage de J. Quintil a été, je ne sais pîourquoi, compris dans les œuvres de J. du Bellay, auquel on n'a plus cessé de l'attribuer. Voy. ses Œuvres françaises , Rouen, i $97, in-12, p. 270, etc.
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prendre. — Il est trop tard, dit le paysan, vos pareils n'ont rien laissé. L'officier avise un grand bahut sur lequel le pauvre homme et sa femme SMit assis : — Et ce coffre où vous seyez, div-il. — Ah! répliqua le paysan, vous le faut-il aussi ? Et voulez-vous que nous n'ayons f^us qu'à nous asseoir à terre?
Le collecteur insiste ; il soupçonne que ce coffre renferme quelque chose de précieux, et il veut l'ouvrir sans tarder. Le villageois et sa femme font résistance ; ils refusent de se lever : grand débat, qui ne fait au'exciter encore l'avidité des
Sus du fisc; plus la résistance est grande, plus supposent que le trésor renfermé dans le coffre ^ bien défendu doit être précieux. Ils sont enfin tes plus forts, le coffre est ouvert; et qu'en sort-il ? Trois diables, qui emportent le collecteur et ses sergents ^
Cette wce, qui flattoit si bien la rancune des petitesigens contre les hommes du fisc, devoit rester longtemps populaire , et elle le fut en effet. Sous Henri IV, si le texte ne s'en étoit pas omscf vé^ le souvenir du moins en étoit toujours vivace. Lfidée,^ l'arrangement des scènes, le dénouement, n'étûient pas oubliés; et que Moit'-il davantage pour en faire le sujet d'un impromptu î Or, un jour do mois de janvier 1607, à un moment où l'on se plaignoit un peu dans le peuple de la taxe mise sur les vins en léoi, et maintenue jusqu'^rs, bien qu'il eût été dit qu'elle cesseroit après|a première année ', Henri IV étant
1. Le Magasin pittoresque a publié.sur ce sujet une gramreét GraDdviiUe, 1844, P- 297.
-2. Voy. les Caquets de l'accouchée , édit. elzevir., p. 34, note.
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Tenu à l'hôtel de Bourgogne, c'est une farce renouvellée ail* imprêviso de celte de J. QuintÛ, et assaisonnée de certains détails sentantlhinche-' ment leur actualité, qui fut bravement représentée devant lui. A la manière dont, comme vous Pallez voir, ils traitèrent la chose, il falloît qu% fussent bien hardis, ou qu'ils eussent une oien grande confiance en la bonté du roi.
Voici ce que raconte L'Estoile delà représentation et de ce (jui s'ensuivit : ^j^
7) Le vendredi 26 de ce mois », fut jouée à ^\^ Pkôtel de Bourgogne, à Paris, une plaisante force, âlaquelie assistèrent leroy, la reine, et la plupart des princes, seigneurs et dames de la Gour.
» C'étoit un mary et tme femme qui querelloient ensemble ; la femme crioit après son mary de ce qu'il ne bougeoit tout le jour de la taverne, et ce pendant qu'on les exécutoit tous les jours pour la taille qu'il falloit payer au roy, qui prenoh tout ce qu'ils avoient , et qu^ussitôt qu'ils \J avoient gagné quelque chose, c'étoit pour luy, / et non pas pour eux.
!>—• C'est pourquoy, disoit le mary, se défen- » dant, il en faut foire meilleure chère ; car que » diable nous serviroit tout le bien que nous » pourrions amasser, puisqu'aossi bien ce ne sa- » roit pas pour nous, mais pour ce beau roy!
> Cela fera que j'en boirai encore davantage>et » du meilleur : j'avois accoutumé de n'en boire » qu'à trois sols ; mats, par Dieu ! j'en bohrai do- » rénavant à six pour le moins. Monsieur le nvf » n'en croquera pas de celui-là; va m'en quénr » tout à cette heure, et marche I