‹ Chansons de Gaultier Garguille [pseud]Chapitre 27 sur 137 · K011S ayons déjà dit qne c'étoit en ianrier · texte numérisé non relu

K011S ayons déjà dit qne c'étoit en ianrier

Ixiv La Farce et la Chanson

» — Ah malheureux ! réi)liqua cette femme » et à belles injures , merci Dieu ! vilain, me » veux-tu ruiner avec tes enfants ? Ah ! ma foi, » de moi il n'en ira pas ainsi.

» Sur ces entrefaites, voicy arriver un conseiller de la Cour des aydes, un commissaire et un sergent, qui viennent demander la taille à ces pauvres gens, et, faute depayer, veulent exécuter. La femme commence à crier après ; aussi fait le mari , -qui leur demande qui ils sont :

» — Nous sommes gens de justice, disent-ils.

» — Comment! de justice! dit le mari. Ceux » oui sont de justice doivent faire ceci, doivent )) taire cela (décrivant naïvement en son patois toute la corruption de la justice dutemps présent). » Je ne pense point (][ue vous soyez ce que vous » dites. Montrez-moi votre commission.

» — Voici un arrêt, dit le conseiller.

» Sur ces entrefaites, la femme s'étoit saisie subitement d'un coffret, sur lequel elle se tenoit assise.Le commissaire, l'ayant avisé, luy fait commandement de se lever de par le roy et de leur en faire l'ouverture. Après plusieurs altercations, la femme ayant été contrainte de se. lever, on ouvre ce coffret, duquel sortent à l'instant trois diables, qui emportent et troussent en malle M. le conseiller, le commissaire et le sergent, chaque diable s'étant chargé du sien.

» Ce fîit la fin de la farce de ces beaux jeux, mais non de ceux que voulurent jouer après les conseillers des aydes, commissaires et sergens, lesquels, se prétendant injuriés, se joignirent ensemble, et envoyèrent en prison messieurs les joueurs; mais ils furent mis dehors, le jour même, par exprès commandement du roy, qui

AU Théâtre avant 1660. Ixv

les appela sots, disant Sa Majesté que, s'il falloit parler d'injures, il en avoit reçu plus qu'eux tous ; mais qu'il leur avoit pardonné et pardonnoît de bon cœur, d'autant qu'ils l'avoient fait rire, voire jusqu'aux larmes.

» Chacun disoit que de longtemps on n'avoit vu à Paris farce plus plaisante, mieux jouée, ni d'une plus gentille invention, mêmement à l'hôtel de Bourgogne, où ils sont assez coutumiers de ne jouer chose qui vaille. »

Quels étoient les acteurs qui jouèrent cette farce, et qui, sans l'indulgence du roi, en auroient chèrement payé la hardiesse, comme il arrivoit à leurs devanciers de la bazoche, qu'on fouettoit bel et bien supra dorsum nudum puisante campanA, quand ils s'étoient permis quelque satire trop franctie > ? Étoient-ce les comédiens de la troupe italienne que Henri IV avoit ramenés lors de son expédition en Savoie * , et qui s'étoient accordés avec ceux de l'hôtel de Bourgogne pour jouer alternativement sur le théâtre de la rue Mauconseil , ou bien étoient-ce les acteurs auxquels, moyennant force redevances, les Confrères laissoient le libre usage de leur salle «pour jouer mystères î et autres jeux honnestes et récréatifs r » S'il falloit chercher lesquels de ces

I. Sauvai, Antiquités de Paris, liv. 11. chap. Scandale à certaines fêtes. — Ch. Magnin, Journal des savants, juillet 1848, p. 418.

a. Hist. de l'ancien théâtre italien, p. 4; Ch. Magnin, Remte des Deux Mondes^ ly décembre 1847, p. 1102.

). A partir de i$88, la représentation des Mystères leur avoit été défendue. Cependant , d'après les textes de cette ordonnance, et certain passage du Poète crotté de Saint- Amant [Œuvres y édit. Livet, t. i, p. 226), il parottroit qu'ils en jouoient encore.

Gaultier Garguille. e

Ixyj La Farce et la Cuai^son

comédiens auroient dû par reconnoissance xoér-

Bager Le roi davantage, le cas serait peut-étire

ABibarFassant; car aux uns et aux autres il ayoit

oendii serMice. Ceux4à lui étoient redevables de

leur séjour en France, ed ceux-ci, ou du moins

bs Confrères y leurs ayaiUrdroit, avoient été

Bjratifiéfi par lui, en avril 1597, de nouyelles

..^^felrearpatentes^ quir confirmoisnt leurs privir

yligpa. Mais la question n'est point là,, et paittant

' elle sera moins difificile à résoudire. Il est évi*

imty selon moi, que:cene farce, sÂ.bien dans les

mioeufls d'un peuple: <^aî,. touiours vexé par Im

gêna du. fisc,, s'est toujoucs vengé par kt satiite,

et m'a pai^é qu'après a^^oir li et dùanlé:, est >bel

et bien fcançoise et ne dut être joiiée que*, par

deseomédiens^irançois. Je le souiieiidreasy JCqci

même qme! je ne saurois pas. im'âtant une rénàf

[Sisc^oeararangée de laooméme du vieux /oûtrar

limoffgeoiS), elle ne pent d'aucune serte £m

ribuée à des^ cemédiens d'Italie.

Il y avoit d'ailleurs à cette éDoque,, sur le

ifttredel'hôtd de Bourgogne, cbes acteursiQit

capables de mener, de pareils, jeuix: le vieil

^Agnan, par exemple*, <o le: premier, selon Talk^

int^ qctt'ajyt eu delà- ré^ation^à Paris^. » U

;eib)itmÂme, àice qufil painât» dans ces^teoefi.

[autrefois; il y avoit affluence

.. Quand Agnan à la laidï trogne Jouoity à P hôtel de Bourgogne ,, inique histoire du temps* jadis ^\

admettons que>.tojit.«^embégviiné, enf^-iné»),

Édition m-i2, t. uo, p. ^9; Cabitatsatyriquâ^ pièce sur le haui-d§*<duauses d^ couhisan, par le sieur Bouteroue.

AU Théâtre avant 1660. Ixvij

selon son- usage ^ il joaoit le rôle de la femme, ce qui n'aorDsii rien cpiie de fort naturel, pvibqa'il n^ srvoit encore decproédienaes quesur an autne thiétoe émt n4>us psderons tout à l'heure^ àm^ nons^ie rôle diamari à Valleran Le Comte , qui alarsr déjà*, nooss^ le sar^Eons à n'en, pas douter,. étoità l4i^l de Bourgogne'", qoantau persan^ nage'du coriseiUer des^ aides, faiscHis-^lejouer par VaiiCray^,<eonipère' de Vadileran, et fiarceiar d'tHL ceptain méFiOe s : nous anrow aimïy comme om dit au théâtre, une distribution vraiseidiilafaleietk très-satisfaisante..

Si .PEstoile ne nous avoit formellement dit que la pîèccayoit été Jouée sur le théâtre même de Phôtel de Bourgogne, et si, par exemple, c'eût été av Louvre que la représentation eût ealîeu, nous serions plus embarassés desavoir qasek acteurs y avoient tenu les irôles;. Alors, en eâiet, se tt^sbvoit à Paris «ne autre troupe de comédiens que le roi vouhit bien admettre plus d'une fois à Honneur de l'amuser, le soir, âaais sa chambre. C'étoit encore là un usage de ce temps : sur l'estrade d'une alcôve 4, ou ibien à l'extrémité d'une grand'salle i, on improvisoit un théâr

r^ .Vby. une pièce de nos Vmiétài kator, et littir., u }i,, p. n7. D»B.CBttepièœ.,.qiii estée 161 5 environ, Agnaa n'gstîpliBiqa' uro a iulb i e, vaei appariiioa;. H. devdi être, mort depnès peii.

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