LA MORT D'ORRI
Érigeant vers le ciel ses remparts et ses tours Dont le soleil couchant empourpre les contours, Ki contre le coteau hardiment étagée, Depuis bientôt deux mois la ville est assiégée. Débris de l'ost immense au fiot torrentiel (^ue naguère, à Poitiers, broya Charles Martel, Les Sarrasins vaincus, coalisant leurs haines Avec les Esclavons, les Frisons et les Saisnes, Sont revenus en nombre, et leur chef Antequin Jura de ne rentrer sur le sol africain Qu'après avoir soumis cette cité chrétienne,
Qui, des marches de France intrépide gardienne, Tient, sans désespérer, tête à l'envahisseur. Orri, le roi vaillant, en est le défenseur. — (( Ce peuple nous défie et sa force nous use. Dit l'émir ; plus d'assauts ! Recourons à la ruse. » Et voicî que dès l'aube, ils ont levé leurs camps. Et que, tournant le dos, sourds aux cris provocants Que leur jettent sans fin des voix exténuées. Les assaillants, là-bas, s'en vont sous les huées ! Emporté par sa fougue, Orri loin des remparts A témérairement poursuivi les fuyards Et sa géante épée en leurs rangs passe et taille. L'arrière-garde enfin s'arrête ; la bataille S'engage furieuse, acharnée, et coupé Des siens, le roi soudain se voit enveloppé ; Et la troupe ennemie, incessamment accrue. Surgissant de partout sur les chrétiens se rue ! Ah ! quels terribles coups leur porte Orri ! Voyez Que de heaumes fendus, que de crânes broyés, Et comme, autour de lui, son arme fait le vide ! Mais que peut la bravoure où le nombre décide ? Ses gens sont décimés ; sans trêve, ils ont en vain Tenté jusques au roi de s'ouvrir un chemin. Le cercle se resserre, étouffant, infrangible ; Son cheval est tué sous lui, vivante cible, Et lui-même jeté sur le sol, enchaîné.