LE DUC ET SES FILS
Furieux qu'on dise : Oui, tandis que lui dit : Xon ! Et qu'aux échecs on lui conteste ce qu'il gagne, Renaud, le plus hardi des quatre fils Aymon, A tué Bertholais, neveu de Charlemagne.
(( Cette mort veut du sang ! a crié l'empereur. Duc Aymon, sur tes fils malheur, trois fois malheur ! » Il dit, et comme un dieu qui d'éclairs s'environne, Du châtiment promis symptôme avant-coureur. Sous les pas d'une armée au loin la terre sonne.
Mais déjà, s'élançani sur le dos de Bayard, Les frères ont gagné la forêt des Ardennes ; Et là, dans leur donjon ceint d'un triple rempart, Ils bravent Charlemagne et tous ses capitaines.
Cependant, épuisés par d'aussi longs efforts, Lentement, autour d'eux, leurs compagnonssont morts, Et, derniers survivants, quand tant de coups les frappent, Plutôt que de se rendre, en secret ils s'échappent.
Ils vont, ils vont, ils vont dans l'immense forêt ;
Les jours suivent les jours, les nuits aux nuits succèdent,
L'insomnie et la faim et la soif les excèdent.
Mais, redoublant sa course ardente, sans arrêt.
Et fier de leur prêter sa croupe large et forte.
Le bon cheval Bayard tous quatre les emporte. . .
O fuite échevelée, où les conduiras-tu ^
Désormais l'empereur ne pourra les atteindre ; Mais, si la peur n'a pas ébranlé leur vertu, Dans un tel dénùment qui ne voudrait les plaindre î' L'écu pendant au cou, le heaume fracassé, Demi-nus, tout souillés de sang et de poussière, Comme des mendiants marchant le front baissé, Ils arrivent, un jour, au château de leur mère.