LA CHASSE INTERROMPUE
Ébranlant les échos de la forêt profonde, La chasse retentit d'une lieue à la ronde. (( Hardi, mes francs limiers ! Taïaut ! Taïaut ! ))
Sous bois, Qui donc entraîne ainsi la meute aux longs abois ? C'est le duc Auberi de Bourgogne, le diable En personne, à qui rien ne résiste ; incroyable Mélange de bravoure et de férocité, Et que jusqu'à présent nul homme n'a dompté. Auberi tout à l'heure était à la quintaine, Lorsqu'on lui signala dans la combe prochaine
Un sanglier de taille énorme. — Le repos
Pèse au duc : (( A leurs jeux laissons les damoiseaux,
A demain la quintaine et courons sus au fauve ! »
Et dans le bois sonore où le gibier se sauve
Effarouché devant les chiens la gueule en feu,
Le voilà qui s'enfonce armé de son épieu.
Dans la poursuite folle où sa fougue l'entraîne
Il a déjà franchi les bords de son domaine.
Laissant derrière lui meute et chevaux fourbus,
Et la chasse est si loin qu'on ne les entend plus ;
Pourtant, du sanglier toujours il suit la trace,
Quand tout à coup le duc se trouve face à face
Avec un chevalier lui barrant le chemin.
— (( Cette forêt, dit-il, est à mon suzerain
Le comte Eude, et je suis, moi, son vassal fidèle,
Anséis, qu'il chargea de la garder.
— Appelle Alors à ton secours, dit le duc menaçant, Car je vais chiffonner ton costume en passant ! )) Et son épieu, d'un coup, renverse l'autre à terre ! Mais aussitôt surgit un nouvel adversaire, Puis deux, puis trois ; bientôt le duc, seul contre tous, Charge comme un lion assailli par des loups, Et dans sa résistance habilement conduite, 11 les couche à ses pieds ou met le reste en fuite. Mais quand s'achève enfin ce combat inégal,