LA CHASSE INTERROMPUE I
Le Bourguignon n'a plus d'armes ni de cheval.
Or, le péril renaît, car l'alarme fut prompte,
Et voici que s'approche un officier du comte.
La guerre a balafré vingt fois son front chenu ;
Auberi frémissant de loin l'a reconnu :
C'est Fouqueret, l'ancien écuyer de son père,
Et qu'il a, lui brutal, congédié naguère.
Après l'avoir honni, dépouillé de ses biens,
Sans pitié pour son âge et les larmes des siens.
Le vieillard voit le duc et change de visage. . .
L'homme qui lui causa le plus cruel dommage.
Au bout de son épée enfin il le tient donc !
En vain supplierait-il : ni pitié, ni pardon !
Il l'abattra d'un coup, comme le bois qu'on tranche ;
Et tout le sang lui monte au cœur... Quelle revanche !
Le comte Eude et ses gens accourent ; les voici.
Il est là désarmé, réduit à leur merci,
Sans pouvoir résister ni tenter de retraite ;
Et le voilà traqué, lui qui traquait la bête !
Auberi les entend et pense : « Je suis mort ! ))
Alors, sentant en lui sourdre un vague remord :
(( Puisque tu fus l'ami du duc Basin mon père,
Crie-t-il à Fouqueret, frappe-moi, je préfère
Expirer de ta main qu'être assommé par eux.
— Basin !. . . N'invoque pas ce nom-là, malheureux.
Car tu n'en es pas digne ! . . . Oui, dès ma tendre enfance,
Je le servis, ton père, avec reconnaissance,
C'est lui qui fut mon maître et lui qui m'a nourri. .
Et par ce souvenir brusquement attendri,
De son cœur à ses yeux il sent monter des larmes ;
Regardant Auberi sans cheval et sans armes.
Le vieillard saute à terre, et plus noble qu'un roi,
Au duc il tend la bride, en disant : « Sauve-toi ! »
I,E PAS D ARMES D AIOL I ^ :;