LA DAME AUX ANNELS
A Boulogne, dans leur château, D'où la mer aux yeux étincelle Sous le soleil du renouveau.
Le comte et sa femme Isabelle De Saint-Jacques de Compostelle Sont revenus, et dans ce jour Tout est joie et le vin ruisselle, Chez eux, pour fêter leur retour.
LA DA.ME Al'X ANNELS I7I
Chacun s'enquiert de leur voyage :
(( Du banal et de l'imprévu,
Dans ce fameux pèlerinage
Si vénérable et si couru,
Que vous devez en avoir eu ! »
Le comte alors, sur l'auditoire
Promenant un regard ému :
— « Oui, dit-il, oyez cette histoire :
Deux bons pèlerins, comme nous.
S'acheminaient vers la Galice, Quand un chevalier, dont l'air doux Cachait un cœur plein de malice.
Leur demande comme un service De faire la route avec eux.
— (( Que le voyage s'accomplisse.
Répondent-ils, selon vos vœux ! »
La dame était belle et coquette, Le chevalier très avenant En fera bientôt la conquête.
Tant il se montre entreprenant.
Le benoît mari maintenant S'aperçoit de son imprudence, Fvt, sur ses gardes se tenant.
Il redouble de vigilance.
Que dans pareille occasion Sa compagne ait l'âme assez noire Pour chercher la tentation, Non, vraiment, il ne peut y croire.
Ce fat viendrait par sa victoire Briser leur bonheur conjugal !
L'épreuve est rude et méritoire, Mais le bien sortira du mal.
Pour la solennité de Pâques,
Ils arrivèrent tous les trois
Au tombeau fameux de saint Jacques
Qu'enrichissent peuples et rois.
Ayant prié près de la Croix
Et longuement fait pénitence,
Nos trois pèlerins à la fois
Reprennent le chemin de France.
Dévoré d'un coupable amour.
Le chevalier redevient tendre.
Et pendant qu"il faisait sa cour,
Le mari vint à les surprendre.
Son courroux ne veut rien entendre ;
La mort pour cette trahison !
Et, le forçant à se défendre.
Il tue en champ clos le félon.