‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 103 sur 334 · DERNIERS EXPLOITS · texte numérisé non relu

DERNIERS EXPLOITS

Roland regarde sur les monts et les landes, De ceus de France voit tant de morts couchés! Et il les pleure en noble chevalier: |

« Seigneurs barons, de vous ait Dieu merci!

Toutes vos âmes il mette en paradis!

En saintes fleurs les fasse reposer !

Meilleurs vassaus que vous onques ne vis.

. 4, C'est-à-dire : « Aucun d'’eus ne retient les rênes. »

Si longuement tout temps m'avez servi, Pour le roi Charles si grands pays conquis ‘! Pour votre perte à la cour du roi fûtes!

Terre de France, moult êtes dous pays, Vous êtes veuve par si cruel malheur!

Barons français, pour moi vous vois mouiir, Je ne vous puis sauver ni garantir.

Que Dieu vous aide, qui onques ne mentit!

Olivier, frère, je ne vous dois quitter;

De deuil mourrai, si je n’y suis occis.

Mon compagnon, allons encor frapper! »

Roland regarde sur monts et en vallées ;

De païens voit sitrès grande assemblée,

À Olivier a dit belle parole :

« Îci mourrai avec vous, ami frère. »

Tous deus au champ ? par amour ‘ retournèrent. Roland le comte de couleur achangé,

Par quatre fois a Monjoié crié,

Tint l'olifant et sonna la menée à.

Des éperons a Veillantif piqué,

Et va frapper de sa tranchante épée.

Entendez : « vous avez conquis. »

C'est-à-dire : « une telle foule de paiïens. » . Au champ de bataille.

. Avec des sentiments d'amitié l'un pour l'autre. — Par, ici, a sens de avec.

. La menée = l'altaque, la charge.

ue D .

Roland le comte au champ est retourné.

Tient Durendal, en bon vassal y frappe:

Faldron du Puy il a en deus tranché, -

Et vingt et quatre, de tous les mieus prisés ; Nul ne désire plus que lui se venger.

Comme le cerf s’en va devant les chiens, Devant Roland s'enfuiënt les païcns.

Dit l'archevêque : « Vous combattez moult bien! Telle valeur doit avoir chevalier !, | Qui armes porte et sur bon cheval siét ;

En la bataille doit être fort et fier,

Ou autrement ne vaut quatre deniers,

Moine doit être en un de nos moutiers,

Où tous les jours prira pour nos péchés. »

Répont Roland: « Frappez, point n'épargnez! » À ces paroles ont Francs recommencé.

Moult grand dommage y eut de chrétiens.

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