Sur vigre et museral, voyez ci-dessus, laisse CLXXXII
Païens s'enfuient et en pais l'ont laissé, Roland le comte à pied y est resté.
Pleins de terreur, païens se sont enfuis ;
Dit l’un à l'autre : « Vaincus nous a Roland! L'empereur Charles sur nous revient vraiment : Oÿez clairons de la française gent!
Sûr est de mort ici qui les attent, Tant de grands rois a mis à sa merci !
Jamais Marsile ne nous pourra sauver.
Perdu avons Espagne qui tant vaut,
Si l'amiral pour nous ne la défent. »
Païens s’enfuient, courroucés et pleins d'ire, Terre d'Espagne s'efforcent de gagner.
Roland le comte ne les a poursuivis, Car a perdu Veillantif son destrier ;
Le veuille ou non, resté y est à pied.
À l'ar chevèque Turpin alla aider,
Son hcaume d'or lui délaça du chef, Lui enleva le blanc haubert léger,
Et son bliaud lui a tout détranché,
Et des morceaus garni lui a ses plaies.
Contre son sein puis il l'a embrassé, Sur l'herbe verte mollement l’a couché. Moult doucement lui a Roland parlé :
« Eh! gentilhomme, donnez m'en le congé :
Nos compagnons, que nous avions si chers,
Ici sont morts, ne les devons laisser ;
Les veus aller quérir et rechercher,
Et devant vous déposer et ranger. »
Dit l'archevêque : « Allez et revenez.
Le champ est vôtre, Dieu merci, vôtre et mien.»
Roland s’en tourne, par le champ va tout seul, Parcourt les monts et parcourt les vallons ; Là il trouva [voirë et Ivon,
Trouva Gérin, Gérier son compagnon, Aussi trouva Engelier le gascon,
Aussi trouva Bérenger et Othon;
Il y trouva Anséïs et Samson,
Trouva Girard le vieus de Roussillon.
Par un et un y a pris les barons,
Vers l'archevêque il est venu avec,
Les mit en rang par devant ses genous.
Et l’archevêque ne se tient d’en pleurer, Lève sa main, par Dieu les a bénis.
Après, a dit: « Bien malheureus vous fûtes!
Toutes vos âmes ait Dieu le glorieus !
En paradis les mette en saintes fleurs !
La mienne mort me rent si angoisseus, Plus ne verrai le puissant empereur! »