‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 117 sur 334 · Entendez : « le champ de bataille est à nous · texte numérisé non relu

Entendez : « le champ de bataille est à nous

Roland s’en tourne, va de nouveau chercher.

Dessous un pin, auprès d’un églantier, Son compagnon a trouvé, Olivier;

Contre son sein étroitement l'embrasse, Et, comme il peut, revient à l'archevêque.

Sur un écu près des autres le couche,

Et l’archevèque l’a absous et signé !.

Alors augmente le deuil et la pitié ;

Ce dit Roland: « Bel ami Olivier,

Vous étiez fils du bon comte Renier,

Qui tint la marche jusqu'au val de Riviers.

Pour lances rompre et pour écus briser, Pour orgueilleus vaincre et épouvanter,

Et les barons sagement conseiller,

En nulle terre n’y eut tel chevalier ! »

CXCIIT

Roland le comte, quandil voit morts ses pairs

Et Olivier qu'aimait tant qu'il pouvait,

Tendreur en eut, commença à pleurer.

En son visage fut moult décoloré,

Si grand deuil eut que tenir ne se put :

Le veuille ou non, tombe à terre pâmé.

Dit l'archevêque : « Quel grand malheur, baron! »

4. « Signer quelqu'un », c’est faire le signe de la crois sur lui. Nous disons encore dans ce sens : « se signer. »

Quand l'archevêque vit se pâmer Roland, En eut tel deuil, onques n’en eut si grand.

Tendit sa main, et a pris l'olifant :

En Roncevaux est un ruisseau courant ; Aller y veut, pour donner à Roland.

Tant s’efforça qu'il se remit debout ;

À petit pas il s’en va chancelant,

Il est si faible qu'il ne peut avancer;

N'a plus de force, trop a perdu de sang.

Avant d'aller un seul arpent de champ, Le cœur lui manque, est tombé en avant; La sienne mort le va moult angoissant.

Roland le comte revient de pâämoison,

Sur pieds se dresse, mais il a grand douleur. Regarde aval, aussi regarde amont ;

Sur l'herbe verte, de là ses compagnons,

Voit étendu le valeureus baron:

C'est l'archevêque, que Dieu mit en son nom.

Clame sa coulpe?, lève les yeus en haut,

Et vers le ciel toutes deus ses mains joint ;

Il prié Dieu que paradis lui donne.

Mort est Turpin au service du roi.

1. C'est-à-dire : « dont Dieu avait fait son représentant. » 2. L’archevéque clame sa coulpe. — « Clamer sa coulpe », c'est « faire son med culpé ». |

Par grands batailles et par moult beaus sermons, Contre païens fut tout temps champion.

Dieu lui octroie sa sainte binisson 1!

Quand Roland voit que l’archevêque est mort, Pour Olivier n’éprouva si grand deuil,

Et dit un mot qui vous brise le cœur :

« Charles de France, comme tu peus chevauche! En Roncevaux dommage y a des nôtres,

Mais ses armées Marsile y a perdu:

Contre un des nôtres ont bien quarante morts. »

Roland le comte voit l'archevêque à terre, Dehors son corps voit gésir ses entrailles ; Dessous le front la cervelle lui bout.

Sur sa poitrine, entre les deus épaules, Croisé il a ses blanches mains, les belles.

Très fort le plaint comme bon chrétien :

« Eh! gentilhomme, chevalier de parage”, Te recommande au Glorieus céleste.

Nul ne sera jamais qui mieus le serve ; Dès les apôtres * on ne vit tel prophète Pour attirer à sainte loi les hommes,

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