‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 131 sur 334 · Dromon, espèce d'embarcation, navire de guerre · texte numérisé non relu

Dromon, espèce d'embarcation, navire de guerre

Grands sont les osts de cette gent païenne,

Cinglent à force, naviguent et gouvernent.

Au haut des mâts et sur les hautes vergues,

Beaucoup y a escarboucles, lanternes,

Et de là-haut projètent tel lumière

Que par la nuit la mer en est plus belle,

Et, quand arrivent en Espagne la terre,

Tout le pays en reluit et s'éclaire. | Jusqu'à Marsile en parvont les nouvelles,

Que Baligant est entré en sa terre,

Telle ost amène, n’en peut-on voir plus belle,

Dis et sept rois, près de lui, la commandent.

Dieu garde Charles et la bonté céleste ! !

Bataille aura douloureuse et cruelle.

Point n’ont voulu les païens s’attarder, Sortent de mer et viennent aus eaus douces :

Laissent Marbrise, aussi laissent Marbrouse, Par Ébre amont toute leur flotte tourne.

Au haut des mâts et sur les vergues longues, Beaucoup y a lanternes, escarboucles ; | Toute la nuit moult grand clarté leur donnent. Sont arrivés ce Jour à Saragosse.

1. C'est-à-dire : « que Dieu et la bonté céleste gardent Charles! »

Clair est le jour, et le soleil luisant.

Or l'amiral est sorti du chaland:

l'spanelis à droite va marchant,

Dis et sept rois après le vont suivant ; Comtes et ducs y a ne sais combien.

Sous un laurier, qui est emmi un champ, Sur l'herbe verte jètent un tapis blanc.

Un beau fauteuil y ont mis d'olifant!; Dessus s’assiét le païen Baligant,

lt tous les autres sont demeurés debout.

Leur seigneur a tout le premier parlé :

« Or m'écoutez, francs chevaliers vaillants ! Charles le roi, cet empereur des Francs, Ne doit manger si je ne lui commande.

Par toute Espagne m'a fait guerre moult grand ; En France douce le veus aller quérir,

Et ne le veus quitter, de mon vivant,

Qu'il ne soit mort ou merci demandant. »

Son genou frappe ? avec son dextre gant.

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Puisqu'il l'a dit, moult s’en est entêté, Ne laissera, pour tout l'or dessous ciel, Qu'il n'aille à Aix, où Charles tient ses plaids.

1. On sait qu'olifant signifie proprement ivoire. 2. Il frappe.

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Sa gent l'entent, a son projet loué.

Puis, appela deus de ses chevaliers,

L'un Clarifan et l'autre Clarien :

« Vous êtes fils au roi Maltraïen,

Qui les messages faisait moult volontiers.

Je vous commande qu’en Saragosse alliez, Et à Marsile de ma part annonciez

Que contre Francs lui suis venu aider;

Si je les trouve, moult grand bataille auront. Lui en donnez ce gant tout d’or brodé,

Et le lui faites à la main droite mettre.

Aussi portez ce bâtonnet d'or pur,

Et qu'à moi vienne reconnaitre son fief.

En France irai pour Charles guerroyer;

En ma merci s’il ne tombe à mes pieds,

Et n’abandonne la loi des chrétiens,

Lui ôterai la couronne du chef. »

Païens répondent : « Sire, moult dites bien. »

Dit Baligant : « Or chevauchez, barons!

L'un ait le gant et l’autre le bâton. »

Et ils répondent : « Cher sire, ainsi ferons. » Tant chevauchèrent qu’en Saragosse sont.

Passent dis portes, traversent quatre ponts, Toutes les rues où restent les bourgeois.

Comme ils approchent de la cité amont, Vers le palais ouïrent grand rumeur :

C'est-à-dire : « me rendre l'hommage féodal. »

Beaucoup y a de la gent des païens, Pleurent et crient, démènent grand douleur, Des dieus se plaignent Tervagan et Mahon!, Et d’Apollon, dont ils n’obtiennent rien.

Dit l’un à l'autre : « Chétifs, que deviendrons ? Dessus nous est triste confusion,

Perdu avons le roi Marsilion,

Hier lui trancha Roland le dextre poing,

Et prit la vie de Jourfaleu le Blond.

Toute l'Espagne est en leur abandon. »

Les messagers descendent au perron.

Leurs chevaus laissent dessous un olivier, Deus Sarrasins par les rênes les prirent.

Les messagers par les manteaus se tinrent, Puis sont montés dans le haut du palais.

Comme ils entrèrent en la chambre voûtée, Par belle amour mauvais salut y firent *? :

« Ce Mahomet qui nous a en baillie *,

Et Tervagan, Apollon notre sire,

Sauvent le roi et protègent la reine! »

Dit Bramimonde : « J'entens moult grand folie! Ces nôtres dieus à merci se rendirent,

En Roncevaux triste besogne firent,

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