CCCX VIII
Charles appèle ses comtes et ses ducs:
« Que dois-je faire de ceus qu'’ai retenus ?
Pour Ganelon étaient au plaid venus,
Pour Pinabel garants se sont rendus. »
Répondent Francs: « Il n’en doit survivre un. »
1. Plaider a ici le sens de « parattre au plaid comme garant ». 2. On désarme le chevalier. |
Le roi commande un sien viguier Bäbrun :
« Va, pens-les tous à l'arbre au mauvais bois! Par cette barbe, dont les poils sont chenus, S'il en échappe un seul, tu es perdu. »
Il lui répont : « Qu'en ferais-je de plus? »
Par cent sergents il les fait emmener;
Trente y en a qui bientôt sont pendus.
Tel qui trahit se pert avec autrui!.
Puis sont partis Bavarois, Allemands,
Et Poitevins et Bretons et Normands.
Plus que tous autres ont approuvé les Francs Que Ganelon ait merveilleus tourment.
Quatre destriers font amener devant,
Puis ils lui lient et les pieds et les mains. Les chevaus sont orgueilleus et courants ; Quatre sergents les guident en avant | Emmi un champ où est une jument.
Là Ganelon trouve cruelle mort :
Tous ses nerfs sont tendus et étirés,
Et tous les membres de son corps sont brisés ; Sur l'herbe verte s’en répant le clair sang.
Ganelon meurt comme un lâche félon :
Jamais ne puisse un traître se vanter !
1. C'est-à-dire : « quand on trahit, on amène sa propre perte et celle d'autrui. »
Quand l'empereur a faite sa vengeance,
Il appela les évêques de France,
Ceus de Bavière et tous ceus d'Allemagne :
« En ma cour est une captive franche ! ;
Tant a oui et sermons et exemples,
Veut croire en Dieu, chrétïenté demande.
Baptisez-la, pour que Dieu en ait l'âme. »
Ils lui répondent: « Donnez-lui pour marraines Dames moult nobles et de très haut parage. »
Aus bains à Aix moult est grande la foule :
Là baptisèrent cette reine d'Espagne ;
Trouvé lui ont le nom de Julienne, Chrétienne est de gré et par croyance.
Quand l'empereur a faite sa justice,
Et éclaircie est la sienne grande ire,
En Bramimonde a chrétienté mise.
Passe le jour, la nuit s’est assombrie,
Le roi se couche en sa chambre voûtée.
Saint Gabriel de par Dieu lui vint dire :
« Charles, convoque les osts de ton empire, En force iras dans la terre de Bire,
Roi Vivien tu secourras dans Imphe,