‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 186 sur 334 · Elle a nom Narbonne · texte numérisé non relu

Elle a nom Narbonne

2. Ferté, vieus mot qui signifia « forteress2 », et qui s'est conservé dans quelques noms de lieus, tels qu? la Ferté-sous- Jouarre.

CILANSONS DE GESTE

Car ils ne craignent homme de mère né.

Ne les prendrait toute chrétienté !. »

Charles l'entent, lance un éclat de rire:

« Par le Seigneur! Que c’est bien rencontré,

Dit l'empereur au grand cœur éprouvé,

Est-ce Narbonne dont l'on m'a tant conté,

Qui toute Espagne passe par sa fierté ? ?..

Naimes, dit-il, qui tient cette ferté ?

— Au nom de Dieu, sire, jele dirai.

C'est Baufumé et le roi Desramé,

Et Agolant et Dromon le barbu,

Et avec eus vingt mil païens armés,

Qui ne croient point au Roi de majesté, Ni à sainte mère. »

Dit l'empereur : « La tiendrez-vous de moi ?

— Sire, dit Naimes, non certes, par ma foi!

Car ils ont trop d'orgueil et d'arrogance,

[ls ne vous prisent la valeur d’un denier.

Pour que l’ayez, par la foi qu’on vous doit, Vous y seriez un an, bien je le crois.

— Naimes, dit Charles, par notre foi en Dieu ! Je livrerai à ces gens tel tournoi,

Ni mur ni tour ne les en défendra.

Avant d'aller en France, où aller dois,

Tous les chréliens réunis.

Qui surpasse toute l'Espagne en fierté. re

Mettrai chez eus la chrétienne loi.

Un de mes pairs j'y laisserai, je crois, Qui m'en rendra l'hommage. »

Charles le roi était de très grand cœur...

Lors imagine un merveilleus projet,

Qu’à un des pairs de très grande vaillance

Il donnera la ville et le pays,

Pour en garder la terre et le rivage ;

Lui en fera féauté et hommage.

Ï1 fait venir comte de haut parage ;

Son nom est Dreux, on le tenait pour sage.

Quand il l’a vu, Charles au fier visage Aimablement lui parle.

« Venez vers moi, vous, Dreux de Mondidier. Vous êtes fils de noble chevalier, On vous doit bien aimer et avoir cher.

Tenez Narbonne, je vous la veus laisser, Toute la terre sous vos lois vous aurez Du Narbonnais jusques à Montpellier. »

Quant il l’entent, moult en est courroucé :

« Sire, fait-il, point ne l’ai demandée.

Que le diable la puisse culbuter | Foi qu'on vous doit ! avant un mois entier, En mon pays je veus être rentré.

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Je m'y ferai bien soigner et baigner, Car je suis las, ne me puis plus aider, J'aurais besoin de beaucoup de repos.

Droit empereur, ne le vous veus cacher, Je n’ai cheval, palefroi ni destrier, Qui ne soit bon, sans plus, à écorcher.

Quant à moi-même, y a d'un an bien près Que n'ai trois nuits sans mon haubert couché ; Je n'ai cessé d'aller et guerroyer, Et de peiner et mon corps harasser.

Or vous m'offrez Narbonne à gouverner, Qu'encore tiennent de païens vingt milliers ! Qu'un autre l'ait, roi au visage fier,

Car je n'en ai que faire. »

Dit l’empereur à la barbe fleurie :

« Venez vers moi, Richard de Normandie, Vous êtes duc de haute seigneurie,

Vous êtes plein de grand chevalerie.

Tenez Narbonne, prenez en la baillie!, Et recevez de moi la riche terre.

Tant qu'en mon corps je garderai la vie, Vous n’en perdrez la valeur d'une alise. »

Richard l’entent, durement s'en irrite :

« Sire, fait-il, vous parlez de folie.

Tant suis resté dans la terre haïe

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