‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 187 sur 334 · Le gouvernement · texte numérisé non relu

Le gouvernement

Que toute en ai la chair teinte et blêmie ;

Depuis que suis chez les païcns venu,

Je n'ai été sept jours sans cotte à mailles.

Mais, par l’apôtre que l’on invoque et prie!

Pourvu que je retourne en Normandie,

Ne me soucie des domaines d'Espagne,

Ni de tenir Narbonne en seigneurie.

Qu'un autre l'ait, car je ne la veus mie; Le feu d'enfer la brûle! »

XIT

L'empereur Charles tenait la tête basse,

De voir ces comtes, de si noble lignage, Sans hésiter qui refusent Narbonne.

Lors il appèle Hoel de Cotentin,

Haut chevalier et comte palatin:

« Venez vers moi, comte de franc lignage, Tenez Narbonne et son palais de marbre ; À vous seront mil chevaliers soumis.

S'il plait à Dieu, qui changea l’eau en vin, Plus ne l’auront païens ni Sarrasins. »

Hoel l’entent, il a baissé la tête :

« Droit empereur, dit-il, par saint Martin !

Les Narbonnais ne m'auront pour voisin.

J'ai tant porté haubert à double maille,

Et couché tard et levé très matin,

Que j'aile corps tout noir sous mon hermine.

Or vous m'offrez Narbonne et tout son train, Qu’encore tiennent vingt mille Sarrasins

Qui ne vous craignent la valeur d’un ferlin!! Me donnät-on le trésor de Pépin, Je ne tiendrais Narbonne. »

Charles le roi fut plein d’anxiété, Quand lui faillirent ses comtes, ses barons.

Il en appèle Girard de Roussillon :

« Venez vers moi, dit le roi, noble comte. Tenez Narbonne, je vous en fais le don. »

Quand il l’entent, il baissa le menton, Puis bellement et l’air calme il répont :

« Droit empereur, vous parlez vainement.

Depuis un an et plus, bien le savons, Sommes venus en cette région ; Depuis, je n’ai couché dedans maison, Mais par les champs, dedans mon pavillon, Toujours vêtu de mon haubert à mailles.

Par chaud, par froid, et en toute saison, Vous ai servi, piquant des éperons; J'en ai la chair noire comme charbon.

Or vous m'offrez Narbonne et son royaume, Qu'encore tiennent vingt mil païens félons, Qui ne vous craignent la valeur d’un bouton ! À d’autres faites de Narbonne le don :

N'y resterais pour l'or de Salomon,

J'ai tant de terre ailleurs ! »

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