XV-XIX
Charlemagne offre encore Narbonne à Ogier le Danois, au marquis Salomon, à Gondebeuf l'Allemand, une seconde fois au duc Naimes, à Anséis de Carthage. Il se fait plus pressant : « Si on vous attaque, dit-il à l'un, je viendrai, contre vents et marée, vous secourir avec tous mes barons. » Et à l’autre : « Votre bannière a toujours été la première au danger; vous n’avez jamais trahi ma confiance! » Mais ils répondent
4. Avanli l'heure de none (la neuvième heure après sis heures du matin).
qu'ils veulent revoir leurs femmes et leurs enfants, qu'ils sont fatigués, qu'ils ont perdu le tiers de leurs gens.
Notre empereur se prit à lamenter, Et son neveu Roland à regretter, Et ses barons qu'il avait tant aimés :
« Neveu, dit Charles, quelle perte j'ai fait ! Ne pourrai plus tel ami recouvrer, Ne sais en qui je me pourrai fier.
Dans ce besoin, je l'ai bien éprouvé ! »
Ainsi dit Charles, le cœur plein de tristesse, Puis recommence Narbonne à présenter.
Lors il l’offrit à Doon de Valclair, Et à Girard de Vienne, le baron.
Mais n'y a nul qui le veuille écouter, Tant ils redoutent les païens d'outre-mer.
Dolent fut Charles quand les voit refuser; Car ne sait plus à qui la peut donner, Sauf à Hernaut, qui tant est renommé, Le noble comte de Beaulande sur mer.
C'est lui que Charles se prit à appeler,
Il lui offrit Narbonne.
« Beau sire Hernaut, dit Charle au regard fier, Prenez Narbonne, je vous en veus prier.
Si vous assaillent les païens mécréants,
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Vous secourrai avec mes chevaliers.
— Au nom de Dieu, dit Hernaut le guerrier, Suis vieus et frêle, ne me puis plus aider, Ni porter armes, ni monter sur destrier ; À mener guerre je ne dois plus songer.
Pour ce, je n'ose de tel fais me charger; Car qui aura Narbonne à gouverner, Il lui faudra maintes fois essuyer Maints forts assauts et maints combats pléniers !. Il vous faudrait charger de la cité Un damoiseau fort et jeune et léger, Qui bien pourrait les combats supporter, Et les païens confondre, exterminer, Et les mater au fer et à l'acier :
Tel homme doit Narbonne gouverner.
En vérité, si l’homme qui l'aura Point n'est puissant et de lignage fier, Il ne tiendra la terre. »
Quand Charles voit que tous lui ont failli, Ne veulent être de Narbonne saisis, Regrette fort Roland, son cher ami,
Et Olivier son compagnon hardi,
Et les barons que Ganelon trahit :
« Neveu, fit-il, ce Dieu qui ne mentit
Ait de votre âme et pitié et merci,