‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 190 sur 334 · Combat plénier — grande bataille · texte numérisé non relu

Combat plénier — grande bataille

CS

Et des barons qui pour lui ont péri !

Si vous viviez, je n’en saurais douter, Narbonne ainsi point ne serait restée.

‘ Puisque sont morts là-bas mes vrais amis,

Chrétienté n’a plus nul bon ami.

Mais par Celui qui de vierge naquit, Je ne veus point quitter ce siège-ci, Tant que païens en resteront saisis.

Seigneurs barons, vous qui m'avez servi, Allez-vous-en, rentrez, je vous le dis, Dans vos pays où vous fûtes nourris.

Car, par ce Dieu qui onques ne mentit, Puisque je vois que tous m'avez failli, Qui parte ou non, je resterai ici,

Je garderai Narbonne, »

XXIIT-XXIV

« Seigneurs barons, ce dit Charles le roi, Allez-vous-en, Bourguignons et Français.

Gens du Hainaut, Flamands et Avalois, Et Angevins, Poitevins et Mansois?, Bretons, Lorrains, et gens du Hurepoix, Ceus du Berry et tous les Champenois !

Ne pensez pas que veuille en plaisanter :

Ceus qui voudront sur-le-champ s'éloigner, N'en retiendrai un seul contre son gré !

1. Avalois : gens des Pays-Bas (du pays d'aval). 2, Mansois — Manceaus.

Car, j'en atteste saint Firmin d'Amiénois, Demeurerai ici en Narbonnois,

Je garderai Narbonne et le pays !

Je resterais ici plutôt vingt mois,

Que de ne pas conquérir ce palais.

Quand regagné aurez l'Orléanois,

En douce France, et dans le Laonois,

S1 l’on s’enquiert où est Charles le roi,

Vous répondrez, pour Dieu, seigneurs français, Que le laissâtes au siège en Narbonnois !

Ici je veus juger, faire mes lois :

Si l’on vous fait chose qui ne se doit, Viendrez ici vous plaindre devant moi,

Car point ailleurs ne vous sera fait droit. ».…

Hernaut de Beaulande est désolé de voir Charle-

magne dans un pareil état. Il pense à son fils, qui a été armé chevalier par Girard de Vienne, il y a seulement deus ans et quatre mois, et qui, lui, serait assez jeune pour « prendre Narbonne en garde ». 1l le propose à Charlemagne : « Droit empereur, lui dit-il, ne vous désolez pas. Si je n'avais été si vieus et si chenu, je me serais chargé de ce pays, mais j'ai un fils qui peut prendre ma place et arracher cette terre aus païens. »

« Dieu! ce dit Charles, fût-1l déjà ici !

Jamais n'eus telle joie. »

AIMERIOT XAV

Le comte Hernaut ne s’est pas arrêté, Vers Aimeri son fils s’en est allé,

Et lui parla comme entendre pourrez :

« Fils Aimeri, Dieu croisse ta bonté! !

Si Dieu voulait, le roi de majesté, Qu'encor fussiez en honneurs élevé, Joyeus serais et tous tes fiers parents. »

Dit Aimeri : « Pourquoi le dites-vous ?

— Au nom de Dieu, fils, je te le dirai :

Notre empereur, qui tant a de fierté,

Par moi vous mande que vers lui vous veniez ; Donner vous veut, c’est pure vérité,

Le Narbonnais et ses grandes fertés ?.

Beau fils, pour Dieu qui en crois fut cloué ! S'1l Ia vous donne, point ne la refusez.

S1 faites tant que preniez la cité,

Puissant serez, bien le sais, proclamé. »

Dit Aimeri : « Dieu en soit adoré!

Beau sire père, sur-le-champ m'y menez.

Par tous les saints que Dieu a plus aimés, Je ne voudrais, pour l'or de dis cités,

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