‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 215 sur 334 · ARRIVÉE ET SÉJOUR A PAVIE ÉPISODE DES NOIS ET DES HANAPS BRULÉS · texte numérisé non relu

ARRIVÉE ET SÉJOUR A PAVIE ÉPISODE DES NOIS ET DES HANAPS BRULÉS

… Tant ont les comtes promptement chevauché, Que de Pavie ils virent la ferté 1.

Oyez comment il leur est arrivé :

Roi Boniface ont en chemin trouvé,

Vient de rivière ? où le jour a passé,

Avec peu d'hommes retourne en sa cité.

Devers la gauche a le roi regardé,

Vit la poussière sur la route empierrée,

Et les barons qui s'avancent groupés.

Dit à ses hommes: « Avez-vous regardé ?

Ne sais quels gens je vois nous arriver,

De pèlerins y a grand quantité.

À Rome vont, à l’apôtre honoré,

Ce soir seront à Pavie hébergés.

Attendons-les, nous saurons leur pensée. »

1. Ferlé = forleresse. | 2. Il revient de chasser le gibier d'eau.

Disent ses hommes : « À votre volonté ! »

Autour du roi ses hommes halte ont fait, Mais avant qu’eussent leurs mulets arrêté, Vinrent près d’'eus les barons renommés, Et quand le roi voit qu'ils sont adoubés, Et aperçoit des armes la clarté, | Voit tant d’enseignes, tant de pennons de soie, Tant de hauberts et tant d’écus bordés, Ettant de lances, tant de heaumes gemmés, Telle peur eut, tout a le sang tourné.

Dit à ses hommes : « Avons folle pensée, Quand pèlerins pensons avoir trouvé.

Ce ne sont pas des pèlerins, par Dieu !

D'’aller à Rome ils n’ont point volonté, Nuls pèlerins ne vont ainsi armés.

Ont ces gens-là armes en quantité, Et leurs bourdons ! sont si longs et ferrés, Que semblent gens à mal faire portés.

Ceus de Turin, le sais en vérité, Et de Barbastre m'ont moult en haine pris, Guetter me font, plus a d’un an passé ; S'ils me tenaient, mon temps fini j'aurais.

Je crains qu'ici n’ayons trop demeuré, Car je ne sais ce qu'ils ont en pensée.

Allons-en vite en la bonne cité,

Et leur fermons les portes ! »

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