‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 214 sur 334 · En mauvais cas · texte numérisé non relu

En mauvais cas

N'entendez-vous ce perfide glouton,

Qui ne nous prise la valeur d’un bouton,

Et qui nous va par orgueil menaçant ?

Nous sommes bien tous chevaliers vaillants, Et messagers d’'Aimeri le puissant,

Du meilleur homme en ce monde vivant!

Si ces gloutons vont ainsi se moquant, Sommes-nous donc vaincus et à merci ?

Armez-vous tous, sans perdre un seul instant, Assaillons-les et derrière et devant. »

LTI-LIX

Les Français s'arment, les Allemands en font autant, et la bataille s'engage. Elle ressemble à toutes les batailles des chansons de geste. Savari est représenté comme un couard, qui évite de se placer au premier rang, qui frappe un ennemi par derrière et qui, l'ayant manqué, prent la fuite « pour garantir sa vie». Un des soissante messagers d'Aimeri est tué ; mais Fouques de Fors donne à son écuyer, neveu du mort, l'armure d’un Allemand qu'il vient d'occire. Celui-ci la revêt sur-lechamp, et Fouques le fait chevalier en lui donnant le coup d’épée sur l'épaule. Le nouveau chevalier monte en selle, pent à son cou la targe de l'Allemand, prent un épié au large fer, fait un temps de galop dans la prairie, puis s'élance sur un ennemi qu'il transperce. Les Français pleins de joie s’écrient : « Notre compagnie est refaite ; nous revoici soissante! » Cent Allemands sont couchés sur le champ de bataille. Pour en

finir, les Français font armer leurs écuyers et leurs sergents, et Savari, épouvanté, donne à ses hommes le signal de la fuite. Les Français les poursuivent quelqu e temps, font un ample butin d'armes et de chevaus, puis reprennent le chemin de Pavie.

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