EMBUSCADE DE SAVARI L'ALLEMAND
LXX VIII
Au palais sont les princes, les marquis.
[ls ont quitté manteaus de vair et gris, Sous eus les ploient et dessus sont assis ; Entre eus ensemble ont moult joué et ri, Et avec eus la pucelle aus yeus clairs.
Elle s'adresse aus comtes réunis :
« Seigneurs, dit-elle, entendez mon avis.
Puisqu'ainsi est que le parti est pris, Qu’avoir me veut le preus comte Aimeri, Par le Seigneur qui sur la crois fut mis, 16*
Si vous voulez bien suivre mon avis,
De vous iront jusqu'à Narbonne dis,
Tout maintenant, et sans aucun répit,
Et vous prirez Aimeri le marquis
Qu'il vienne prendre sa femme en ce pays,
S'il veut bien celle pour qui vous a transmis 1.
S'il ne le veut, par le grand saint Denis,
N'’en sera plus jamais par moi requis.
Mais s’il y vient, qu’il mène ses amis,
Et qu’ils chevauchent et le jour et la nuit.
Pour ménager chevaus qu'ils ne s'attardeni :
S'ils ont cheval fatigué et meurtri,
Pour un roussin rendrai cheval de pris,
Et pour un mort en rendrai-je deus vifs.
Partez donc tôt, ou à douze ou à dis :
Les cinquante autres demeureront ici, |
Dedans mes chambres, armés, de fer vêtus.
Si me venait chercher en ce pays,
Par aventure, duc ou comte ou marquis,
Tant d’or auraient à mon frère remis,
Que son aveu pourraient avoir surpris ? ;
Mais ceus qui dans mes chambres seront mis
Me secourraient de leurs lames fourbies, S'ils voulaïènt m'emporter.