‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 239 sur 334 · Sa têle. | 2. Gott helf (Dieu aide · texte numérisé non relu

Sa têle. | 2. Gott helf (Dieu aide

Quand y accourent les guerriers renommés, Ses compagnons qui en arrière étaient,

Et avec eus tous les dis écuyers,

Qui armés furent comme des chevaliers.

Dans la mèlée se sont précipités,

Là où ils virent le baron s’escrimer,

Qui de bonne aide moult grand besoin avait.

À haute vois ont « Narbonne ! » crié.

Chacun celui qu’il trouve le premier

Fait aussitôt à terre trébucher.

Lors on eût vu les Allemands plier;

Toute la place ils leur ont fait vider,

Et n'y resta que Hugues le guerrier,

Qui à pied fut, au poing le brant d'acier.

Dolents en furent les nobles chevaliers ; Près d’eus regardent s'ils verraient le destrier Dont Ilugues avait Savari renversé ; N’avait encore eu loisir ni pouvoir

De se remettre le pied à l'étrier.

Monter font Hugues les loyaus chevaliers Rapidement sur le vaillant coursier ;

N'était meilleur de là à Montpellier,

À Savari à tel point était cher

Que, pour sauver son corps, ne l’eût donné.

Et d'autre partles Allemands félons

Font Savari leur seigneur relever

De là où Hugues l'avait fait trébucher ; Monter le font sur un autre destrier,

Que devant eus trouvent abandonné.

Du clairon sonne pour ses gens rallier,

Autour de lui les a fait retourner.

Quand il les voit, à eus s’est adressé :

« Seigneurs, dit-il, moult ne doit tourmenter

Que ces vassaus tel dommage m'aient fait :

Il s'en faut peu que mon corps n'aient brisé,

Et pour toujours mes membres mutilé.

Et j'ai tel deuil pour mon vaillant destrier,

Que bien j'en crois perdre sens et raison.

À vous m'en plains, qui me devez aider !

Si me pouvez de ces gloutons venger,

Tout mon trésor en vos mains viderai,

N'y restera ni maille ni denier;

Autant d'argent et d'or vous donnerai,

Que le plus fort en osera porter. »

Quand ils l’entendent, on les eût vu courir,

Et pleins d’ardeur au combat s'apprêter;

Contre les comtes pensent à s'élancer,

Les ont devant et derrière attaqués.

À cette vue, sont les barons troublés ;

Dieu invoquèrent, le seul vrai justicier, Que de mort les défende.

Grand fut et fier et périlleus combat. Bien se défendent les nobles chevaliers :

Ïls étaient peu, mais moult avaient valeur.

Chacun tenait l'épéë de couleur;

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