L'alouetlte
Cher me veus vendre, avant que pris soyons !
Ne vous puis dire, seigneurs, autres paroles, Nous recommande à Dieu et à son nom ;
Je frapperai, qui le veuille ou qui non ! »
À ce mot, pique le destrier d'Aragon,
Et déploya le vermeil gonfanon ;
Devant s'en va, si loin que porte l'arc.
De l’autre part est vers lui accouru
Ce Savari, qui lui crie à haut ton :
« Rendez-vous tôt, fils à putain, glouton !:
Ne vous vaudrait la défense un bouton.
En Allemagne vous aurai en prison,
À mon désir en? prendrai vengeaison,
Et, s’il me plaît, j'en tirerai rançon ! »
Hugues l’entent, nul n'eut si grand courrous ; Le destrier pique, ne dit ni oui ni non.
Et l'Allemand revint à éperons,
Sur son écu frappe le preus Hugon*,
Brise sa lance, dont volent les tronçons.
Et Hugues frappe ce traître, ce félon,
À toutes forces, d'un tel coup sur la targe f, Que ne lui vaut® le montant d'un bouton.
11 transperça le haubert à maillons, | Mais dessous fut le pourpoint de coton,
Qui de la mort garantit le glouton.
. Vous ne qgagneriez rien à vous défendre.
. De vous.
. Hugon, accusatif de Hugues.
. La {arge est un bouclier rond.
. Le sujet de vaut, c'est « la targe ». — Le montant de, c'està-dire : « la valeur de. »
Ot de © NO
Hugues le pousse avec telle colère,
Que sur le sable l'abat, jambes levées ; Puis prent l'épée qui lui pent au côté,
Et sur lui court, ardent comme lion.
Aurait tranché le chef ! sous le menton, Mais à rescousse vinrent cent compagnons, Cent de la troupe de l’infâme félon.
« Ah! Godehelpe?! » criënt-ils à haut ton.
Tout alentour environné ils l'ont ;
De toutes part assaillent le baron.
Si Dicu n’y veille, de par son très saint nom,
Plus il n'aura secours ni guérison,
Car ils lui lancent leurs épiés à foison,
Et lui occient son destrier d'Aragon, Et le mettent par terre.
LXXXIIT
Quand Hugues voit sous lui mort son destrier, Savoir pouvez, moult en fut courroucé.
Il saute en pieds, à guise d'homme fier.
Qui l'aurait vu son écu embrasser,
Et s’escrimer du brant fourbi d'acier,
Moult aurait dù le louer et priser.
Frappe le preus et devant et derrière,
Malheur à qui l'oserait approcher !
De loin lui lancent les épiés acérés,
Et bien l’auraient sans nul recours tué,