‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 241 sur 334 · Amicalement · texte numérisé non relu

Amicalement

Que fussions pris sans dommage des leurs. »

Quand ils l’entendent, ils reprennent vigueur, Et chacun presse son destrier de valeur.

Éperonnant, ils ont fait un détour ; Tant leur aida le Seigneur en ce jour, Que tout ouverte ont trouvéëé la tour.

Ceus de dedans au travail sont allés, S'y précipitent librement les barons, Hors le seul Hugues, le hardi batailleur, Qui eut pensée de sens et de valeur, D'aller trouver Aimeri, son seigneur, Parce qu'il a le destrier bon coureur :

De là en Inde, n'y en avait meilleur.

Lors galopant s’en va par un détour, Et les barons qui furent dans la tour Ferment les portes aussitôt, sans délai.

Dedans ils n'ont trouvé qu'un vavasseur, Lui et sa femme à la fraîche couleur, Qui les reçoivent volontiers par amour.

Quand désarmés furent les neuf barons, Entre eus regardent environ tout autour.

Quand ils ne voient Hugues le batailleur, Pensent qu’il soit ou mort ou prisonnier ; Lors font entre eus tel cri et tel douleur, Que pour un homme jamais n’en fut si grande.

Mais bien à tort sont en peine de lui, Car le vassal s’en va, sans nul répit, Vers Aiïmeri sur le vaillant destrier :

Lui dira les nouvelles. |

Hugues chevauche, sans faire aucun arrêt, Droit vers Narbonne, sur le destrier d'Espagne. Et Savari et sa gent d'Allemagne Devant la tour étaient dans la campagne ; Moult avaient tous grand douleur et dépit, De! ceus qui sont en la grand tour hautaine.

Devant la porte descent avec ses gens, Et jure Dieu et les saints de Bretagne Qu'y laisserait plutôt cœur et entrailles, Que de partir sans les prendre de force.

Mais s’il attent Aimeri le baron, N'en partira sans que lui-même en geigne ; Car le preus Hugues y va sans nul arrêt,

Qui dira le message.

Or sont les comtes dans la tour assiégés ; Devant la porte sont Allemands campés.

Contre ceus qui sont dedans hébergés,

Sont Allemands fortement courroucés ; Souvent assaillent, les félons renégats !

Mais n’en sont guères ceus de dedans troublés, Et se défendent comme vassaus prisés ;

Maint grand carreau ? leur ont en bas lancé:

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