‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 256 sur 334 · Rassasier · texte numérisé non relu

Rassasier

9, Résonner.

ensuite s'emparer de Paris, Troyes et Meaux, aller se faire couronner à Aix-la-Chapelle, enfin marcher à la conquête de Rome. Ces propositions le séduisent ; il fait convoquer ses barons jusqu’à La Mecque, et s’embarque avec une armée formidable et des vivres pour plus d’un an. Les diables leur ont donné si bon vent qu'en quinze jours ils arrivent en vue de Tarragone, dont les murs blanchoient « comme fleur en été ». Plus de dis mille pleurent de pitié en voyant cette ville, que les Sarrasins ont perdue. C’est près de là qu'ils débarquent; puis 1ls montent sur leurs destriers, et, après avoir tout ravagé sur leur passage, ils arrivent à Narbonne, sous les murs de laquelle ils plantent leurs tentes :

Dieu, quel dommage, vrai Roi de majesté, Que ne le sait Aimeri le vaillant, Qui amène sa femme.

L'émir a fait ses païens installer

Si près des murs que l'arc y porterait ; Puis dans un bois fait entrer deus milliers De Sarrasins, Dieu les veuille entraver !

Très bien se font d'abord appareiller

De blancs hauberts et de heaumes d’acier, De blancs écus et de tranchants épiés;

Puis détachèrent et chameaus et sommiers, Parmi les prés ils les laissent errer.

Dieu les confonde, qui tout a à juger,

Car ils le font pour les Français tromper.

Ceus qui étaient dans le palais princier,

Quand ainsi virent la cité assiéger,

S'ils s'en émeuvent, ne faut s’en étonner ;

Dit Élinant, le baron au cœur fier,

Neveu de Naimes, que Charle avait si cher:

« Seigneurs, dit-il, ne vous le veus celer,

Comte Aïmeri, qui nous a ci laissés,

Pourra pour nous, je pense, trop tarder.

S'en est allé sa femme réclamer,

Droit à Pavie, où la doit épouser;

Ne reviendra avant un mois entier.

Mais puisqu'à nous sa cité a laissé,

Bien doit valoir chacun un chevalier ! ; Malheur à qui, semblable à un lanier?,

Ici demeure comme en mue épervier !

Sortons dehors, chacun sur son destrier, Et tous armés, sans faire nul délai, Emparons-nous des chameaus et sommiers, Sur lesquels ont les vivres fait charger.

En garnirons ce grand palais princier, Quand Aimeri, mon seigneur droiïturier 8, S'en reviendra, que bien trouve à manger. »

Et ils répondent : « Bien vous avez parlé.

Qui ne vous suit, plus ne soit chevalier! »

Rapidement ils se vont apprêter,

4. Chacun de nous doit bien avoir la valeur d’un chevalier. 2. Faucon de mauvaise espèce.

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