SIÈGE DE NARBONNE PAR LES SARRASINS XCVI-XCVII
On se rappèle que deus des rois sarrasins de Narbonne, Desramé et Baufumé, au moment où Charlemagne menaçait Narbonne, avaient gagné Orange par un passage souterrain, pour aller de là à Babylone (Le Caire) demander le secours de l’émir. Mais ils étaient restés à Orange, la ville ayant été prise presque aussitôt. Un espion sarrasin vient les avertir qu'Aimeri est parti pour Pavie, laissant Narbonne dégarnie. Aussitôt, pleins de joie et d'espérance, ils reprennent le chemin de Babylone. Ils y arrivent au moment où l’émir célébrait une grande fête à l’occasion de la translation à La Mecque du corps de Mahomet.
Et leur voulut l’émir ses jeus montrer, Si merveilleus que m’entendrez conter :
Emmi la salle du grand palais princier Était un arbre, qu'on a fait fabriquer.
Fait fut de cuivre, on l’avait fait dorer Et en un moule ainsi fondre et couler :
Homme n’y a, tant sût-il réfléchir
Et la manière des oiseaus observer,
Qui n’aurait pu sur cet arbre trouver
De tous oiseaus l’exacte ressemblance ;
Et chaque oiseau son pareil y avait.
Fit l'enchanteur œuvre moult à louer :
De la rivière Paradis appelée,
I fit les pierres venir et assembler,
En fin émail il les a fait sceller ;
Par sa magie y fait le vent entrer,
Et tout en haut par le tuyau monter;
Quand le vent souffle, les oiseaus fait chanter En leur manière, à pure et claire vois.
Sous ciel n’est homme qui s’en puisse soüler ! : S'1l a soucis, dès que l’entent sonner *,
Tout aussitôt a soucis oublié.
Tant que l'on veut, on fait le son durer,
Et, quand on veut, bien le fait-on cesser.
La cour de l'émir était ainsi en pleine fête, lorsque s’y présentent les deus « déshérités », Baufumé et Desramé. Îls se précipitent aus pieds de l’émir; ils lui racontent que Charlemagne s'est emparé de Narbonne et qu'il l'a donnée à Aimeri, mais qu'Aimeri est parti chercher une dame et ne doit pas revenir avant un mois au moins, l'émir peut reprendre Narbonne, et