‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 258 sur 334 · Piquer des éperons · texte numérisé non relu

Piquer des éperons

Des Sarrasins occirent un millier,

Mais grande perte y firent les Français, Cinq cents à peine en purent échapper,

De mil qu’ils furent au combat commencer, Et de ceus-là une moitié blessés.

Ils s'en retournent vers le palais princier, D'entrer dedans moult grand désir avaient; Ils éperonnent pour les portes passer ; Quand ils sont outre, ont fait le pont lever. Parmi le camp s'élance un chevalier, Fouquin eut nom, fils fut au duc Garnier; De son écu n’y eut un pied d’entier,

Tout le lui ont les ennemis tranché,

Et son haubert ont si bien démaillé,

Que plus n’eût pu franc homme le porter; Il eut aussi par le corps dure plaie :

D'un raide épié fut frappé au lancer,

Le fer en vint sur le nœud du brayer1,

À travers chair on vit le sang couler,

Sur l'éperon le vit-on ruisseler,

Sur l’enfourchure et le cou du destrier.

À la main tint un épié de pommier,

Perdu en eut et le fer et l'acier ;

Bien ressemblait à vaillant chevalier,

Qui fût sorti d’un fort combat plénier.

Païens s’écrient : « Courons sus sans tarder ! Par Mahomet, voici le chevalier

Qui les nouvelles à Charles va porter!

Page 1