Piquer des éperons
Des Sarrasins occirent un millier,
Mais grande perte y firent les Français, Cinq cents à peine en purent échapper,
De mil qu’ils furent au combat commencer, Et de ceus-là une moitié blessés.
Ils s'en retournent vers le palais princier, D'entrer dedans moult grand désir avaient; Ils éperonnent pour les portes passer ; Quand ils sont outre, ont fait le pont lever. Parmi le camp s'élance un chevalier, Fouquin eut nom, fils fut au duc Garnier; De son écu n’y eut un pied d’entier,
Tout le lui ont les ennemis tranché,
Et son haubert ont si bien démaillé,
Que plus n’eût pu franc homme le porter; Il eut aussi par le corps dure plaie :
D'un raide épié fut frappé au lancer,
Le fer en vint sur le nœud du brayer1,
À travers chair on vit le sang couler,
Sur l'éperon le vit-on ruisseler,
Sur l’enfourchure et le cou du destrier.
À la main tint un épié de pommier,
Perdu en eut et le fer et l'acier ;
Bien ressemblait à vaillant chevalier,
Qui fût sorti d’un fort combat plénier.
Païens s’écrient : « Courons sus sans tarder ! Par Mahomet, voici le chevalier
Qui les nouvelles à Charles va porter!