De la ceinture
Amènera sa fière et grande armée ! »
Après lui courent de païens vingt milliers, Et quand ils voient qu'atteindre ne le peuvent, Les forts épiés se mettent à lancer.
Dieu le sauva, qui tout a à juger,
Que ne touchèrent ni lui ni son destrier.
Jamais un cerf à travers les fourrés
Ne courut mieus, quand on le fait chasser, Qu'il fait courir l'intrépide coursier. À temps pourra, si le cheval ne tombe,
À Aimeri la nouvelle annoncer.
Si longtemps a le baron chevauché,
Qu'il a le comte et sa femme trouvé,
Et auprès d’eus maints vaillants chevaliers.
Pour les distraire, jongieurs et ménétriers Ont à l’envi chanté et viellé :
Ont bonnes noces, attendent bon loyer, Mais en peu d'heures changera la chanson.
Voici Fouquin piquant sur le destrier,
À haute vois commença à crier :
« Aimeri sire, noble et puissant guerrier, Dans ce pays votre femme amenez,
Mais une chose bien vous pourra troubler, Que vous ni elle n’aurez où vous loger.
Car Desramé, l’orgueilleus et le fier,
Et Baufumé, que Dieu veuille accabler, Qui par la grotte ont Narbonne quitté,
À l'émir ont les nouvelles porté.