Suppléez ici la conjonction que
2e C'est-à-dire: « nous devons retourner à Aimeri ».
Les chevaus ferrent et mènent abreuver.
Au nom de Dieu, qui nous voulut sauver, Les maudit tous le comte renommé :
« Païenne gent, Dieu vous puisse écraser !
Maudites mères qui tant en ont porté,
Et les gloutons qui les ont engendrés !
Je n'aurais cru que, outre la grand mer, On aurait pu la moitié en trouver. »
Tout autre en eût été moult effrayé,
Mais fortement se prit à Dieu louer :
« Vrai Dieu, fait-il, bien te dois adorer, Qui nous as fait tel richesse amener,
Que ces païens ici ont amassée!
Si Dieu permet, qui tout a à sauver,
Que je la puisse avoir et conquêter,
Ne serai pauvre, en ma viëé, jamais.
Par cet apôtre que l'on doit adorer,
Si Dieu me donne de ma femme épouser, Avec l'avoir, qui là est assemblé,
Ferai mes noces en ce fier pavillon ;
Point en château je ne m'irai loger
Pour noces faire ni pour joiëé mener. »
De la hauteur se prit à dévaler,
Jusqu'à ses hommes ne se veut arrêter.
Vers lui s'avancent ses barons et ses pairs, Qui des païens nouvelle ont demandé.
« Seigneurs barons, dit Aimeri le fier, Depuis que Dieu a son peuple formé,
Et en la Vierge se daigna incarner
Quand vint sur terre pour le monde sauver,
N'y eut autant de païens forcenés
Qu'on en peut voir de ce tertre élevé.
Francs chevaliers, ne vous épouvantez, Car, si devons le combat engager,
Criez « Monjoie ! » et songez à frapper.
Lors penseront Sarrasins et païens
Que ce soit Charles, le fort roi couronné, Qui ait de France ses barons amenés :
Plus le redoutent que foudre ni tempête.
Si les premiers nous avons repoussés,
Le restant d’eus bien peu pourrait durer.
Tout le butin vous soit abandonné,
Je n’en prendrai deus deniers monnayés, Tous en serons et compagnons et pairs !.
Qui de ce jour pourra vif échapper,
À toujours mais sera riche appelé. »
Bien sut le comte ses gens réconforter ;
Si bien ainsi les a-t-il rassurés,
Déjà voudraient être dans la mélée.
Lombards l’entendent, se prirent à trembler, Dit l'un à l'autre: « Ne pouvons échapper ; Nous faut, ce jour, de vië trépasser.
Roi Boniface, qui çà nous fit aller,
Ne se pouvait mieus de nous délivrer.
Or peut nos femmes richement marier,
Et nos grands terres à autre homme donner ; Jamais un seul n’en verra retourner. »
1. C'est-à-dire : « je ne ferai aucun prélèvement, nous aurons tous part égale.
Quand Aimeri les voit se lamenter,
Les siens barons se prit à appeler :
« Seigneurs, fait-il, ne vous le veus celer, Ces Lombards-ci sont moult épouvantés ; Mais une chose me puis bien rappeler,
Que Boniface m'a bien recommandée,
Le jour où dus de lui me séparer,
Que, si venions à bataille rangée,
Au premier rang je les misse à frapper.
Devant je veus que les fassions aller,
Et, quand viendrons aus rudes coups donner, Si les voyez fuïr ni reculer,
Prier vous veus à tous et commander
Qu'à coups d'épée en pièces les mettiez :
Plus n’y cherchez autre Turc ni païen. »
Lombards entendent le comte ainsi parler, Dit l’un à l’autre : « N'y pouvons résister, Et par la mort il nous faudra passer,
Nous n’y pouvons plus longtemps échapper.
Mais par Dieu soit celui déshonoré
Qui laissera ses membres détrancher,
Sans l'avoir fait aus païens acheter ! »
Si grand courage ont alors recouvré,
Que tous les autres on en peut mieus aimer.
« Seigneurs barons, dit Aimeri le fier, J'irai devant le premier coup donner,
De fer vêtu, armé sur mon destrier ;
N'y mènerai ni compagnon ni pair.
Si je pouvais avec l’émir parler,
Que seul à seul je le pusse trouver,
Ce bon épié, qui est de clair acier,
Lui pense! faire parmi le corps passer.
Si leur seigneur je pouvais mort jeter, Bien peu pourrait le reste résister.
Vous, faites-vous armer et apprêter :
Quand entendrez mon olifant sonner,
Et les païens contre moi s’assembler, Secourez-moi aussitôt, sans tarder,
Vous n'aurez plus que ce tertre à passer. »
Et ils répondent : « Bien vous avez parlé.
Et qui recule, Dieu puisse l'écraser! »
S'en est le comte à ces mots retourné,
De fer vêtu, armé sur son destrier.
Dieu le conduise, qui en crois fut cloué!
Passe le tertre, est dans le camp entré, Voit le pommeau dont l’aigle est tout doré, Partant connut que c’est la maïître-tente ; Sur son destrier y vint à toute bride, L'émir y trouve et trois rois couronnés :
Délibéraient entre eus pour décider Comment pourraient la cité conquêter,
Et feu grégeois éprendre et allumer,
Mais en peu d'heure changera leur pensée.
Voici le comte, qui est dedans entré:
L’épié il porte, qui est gros et carré,
Et par-devant était le fer tourné.
Les rois se dressent, chacun fut effrayé. Dit Aimeri: « Gloutons, vous rasseyez !