Dont le fer est niellé
2. Cela ne leur vaut... Entendez: « cela ne leur sert de rien.
Tant les assaillent les gloutons mécréants, Que dis en prennent, qui moult étaient lassés, Et bien leur ont et pieds et poings lié.
À haute vois lors ils ont Dieu prié
Qu'il les secoure par la sienne bonté.
Si durement ont les comtes crié,
Que les entendent tous ceus de la cité.
Au cri de guerre les ont bien reconnus,
Dit Élinant : « Trop nous avons tardé!
Comte Aimeri, au courage éprouvé,
Avec les siens vient à notre secours.
Sortons des murs, bons et francs chevaliers, Et leur aidons par bonne volonté! »
Et ils répondent : « Vous avez bien parlé.
Que maudit soit qui point ne vous suivra! »
Rapidement se sont tous adoubés,
Ceus qui avaient au corps blessure et plaie Se sont les flancs étroitement bandé,
Sur les destriers sont aussitôt montés,
Les portes ouvrent, ont le pont abaissé, Sortent des murs et rangés et serrés.
Parmi païens se sont précipités,
Et chacun a devant lui terrassé
Celui qu'il a le premier rencontré.
Mais en peu d'heure eussent été perdus, Quand Girard vint avec tous ses barons, Celui de Vienne au courage éprouvé ; Puissant secours a le duc amené.
Alors dis mille chevaliers bien armés, Frais et nouveaus, entrent dans la mêlée
336 CIIANSONS DE GESTE
Le combat ont du tout ! renouvelé, Sur païens ont moult fièrement frappé ; Tant ils en tuent, ne peut être compté.
Païens le voient et sont épouvantés ; N'est pas merveille s'ils en sont effrayés, Car bien savez, en pure vérité, Que jamais gens ne virent telle armée, Après avoir eu leur seigneur tué, Sans qu'aussitôt ne fussent débandés.
Quand païens virent le franc duc redouté, Girard, qui eut tel secours amené, Tout aussitôt sont en fuite tournés, Sans que pas un veuille se détourner.
Le duc Girard a tant éperonné, Est par le champ tant venu et allé, Qu'il a trouvé Aimeri tout à pied, Son bon neveu, que tant il avait cher.
Il avait tant frappé de son épée, Que les deus bras lui en étaient enflés, Et tellement l'avaient païens blessé, Que le sang sort à travers son haubert, Les éperons en sont ensanglantés.
Le voit Girard, presque il en pert le sens, Prent un destrier, le lui a présenté, À pied descent, ainsi lui a parlé:
« Neveu, fait-il, êtes-vous sain et sauf ?
— Oui, mon bel oncle, Dieu en soit mercié !
Mais un peu plus si vous étiez resté,