Complèlement, du tout au tout
Bien je le sais, mal me fût advenu!.
Vite, bel oncle! plus ne faut s'arrêter, Que les païens ne puissent s'échapper !
Courons après, nous avons trop tardé ! »
À ces paroles, sont tous deus remontés, Contre païens leurs destriers ont piqué,
Et tous leurs hommes après les ont suivis.
Les dis barons ont devant eus trouvés,
Que Sarrasins avaient fait prisonniers,
Tous les liens leur ont bientôt coupés,
Et ils montèrent ? quand furent délivrés.
Les Sarrasins s’enfuient en rangs pressés,
Le duc Girard les a moult fort hâtés,
Il les talonne, à la main son épée,
Sur eus a bien sa vaillance prouvé:
Ceus qu'il atteint ont bien leur temps fini.
Jusqu'à la nuit la poursuite a duré,
Des païens morts furent jonchés les prés;
Parmi les morts sont les vivants cachés,
Se laissent choir ainsi que gens pâmés,
Du sang des morts se sont ensanglantés,
Pour n'être pas des autres distingués.
Roi Baufumé et le roi Desramé
Ont les Français de vitesse gagné,
Et avec eus trente païens armés ;
Aus barques viennent et sont dedans entrés,
Dans un chaland ils naviguent et cinglent Tout droitement vers Cordres.
C'est-à-dire: « la chose eût mal tourné. »
À cheval.
Quand la poursuite est finie, Girard et Aimeri enlèvent leurs heaumes et s'entrebaisent. Aimeri se félicite de nouveau que Girard soit arrivé si à point, il se promet de distribuer largement le butin et d'en faire « fêle et grand joie ».