‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 271 sur 334 · LES NOCES D'AIMERI ET D'HERMENGARDE · texte numérisé non relu

LES NOCES D'AIMERI ET D'HERMENGARDE

Girard descent emmi une prairie,

Et avec lui sa riche compagnie,

Bien ils ont pris campement à leur gré.

Le duc Girard, qui n'a rien oublié,

Ainsi parla au vaillant Aimeri:

« Aimeri sire, ne vous cèlerai mie

Ce que vous mande dame Guibour m'amie:

Par moi vous mande, convient que vous le dise, Que ne fassiez noces dans une salle,

Ni en château, nien grande cité,

Quand vous prendrez Hermengard! de Pavie, Mais dans ces tentes et parmi la prairie.

Parmi ce camp des païens mécréanis

Faites vos noces avec grand seigneurie?,

1. Le nom de la femme d'Aimeri n'a pas d'e muet final dans le texte original.

2. Seigneurie = largesse digne d'un seigneur. De mème baronnie plus bas.

Et y menez tel fête et vive joie, Et tel richesse et si grand baronnie,

Que jusqu'en France soit la nouvelle ouïe.

Charles le roi à la barbe fleurie,

Qui vous laissa cette terre en baillie !,

Vous en aura plus cher toute sa vie. »

Dit Aimeri à la face hardie :

«a Oncle Girard, par Dieu, le fils Marie,

Comme vous dites, dût-on y voir folie, J'ai pensé à le faire. »

CVIIT

Aimeri a sa femme demandée; Girard son oncle la lui a amenée, Le comte l’a baisée et accolée.

« Belle, fait-il, soyez la bienvenue,

Vous serez dame de cette grand contrée. »

L'entent la dame, s'est vers lui inclinée, Toute la nuit ont grand joië mené. Comte Aimeri, au courage éprouvé,

Un médecin manda sans plus tarder :

Païen était d'outre la mer salée ;

Tôt il a eu un breuvage apprêté,

À Aimeri sa blessure a bandé,

Et lui a fait le breuvage avaler.

Avant que vint la nouvelle journée,

[ fut plus sain? que n’est pomme parée.

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