Les méchants y gagneront l'enfer, qui est puant
Ce jour y eut bien dis et huit évêques, Aussi y eut dis et huit archevêques, Et le saint pape de Rome y chanta messe.
Ce jour! y eut une offrande moult belle; Depuis, en France, on n'en vit de plus belle. Qui la reçut, en fit moult grande fête.
Ce jour y eut bien vingt et sis abbés, Aussi y eut quatre rois couronnés.
Ce jour y fut roi Louis élevé,
Et la couronne mise dessus l'autel ;
Le roi son père avait le jour fixé.
Un archevêque est au lutrin monté,
Qui sermonna chrétiens assemblés :
« Barons, dit-il, ma parole écoutez :
Charles le Magne a moult son temps usé, Or ne peut plus cette vië mener,
Il ne peut plus la couronne porter;
©£ Il a un fils à qui la veut donner. »
Quand ils l’entendent, grand joie en ont mené,
1 En ce jour.
Toutes leurs mains en tendirent vers Dieu:
Père de gloire, sois bien remercié
Que ne nous doive étranger gouverner! »
Notre empereur a son fils appelé :
« Beau fils, dit-il, ma parole entendez:
Vois la couronne qui est dessus l'autel?
À ce seul pris je te la veus donner:
Ne commettrez tort, luxure ou péché,
Ni trahison contre nul ne ferez,
À orphelin son fief n'enlèverez.
Si ainsi fais, j'en loûrai le Seigneur: L
Prens la couronne, tu seras couronné.
Sinon, mon fils, sur l’autel la laissez,
Je vous défens de jamais y toucher. »
Mon fils Louis, vois ici la couronne ?
Si tu la prens, empereur es de Rome, Tu peus mener en ost mille et cent hommes, Passer par force les eaus de la Gironde, Païenne gent écraser et confondre, Et la leur terre dois à la nôtre joindre.
Si le veus faire, la couronne te donne; Sinon, jamais tu ne dois la porter. »
« Situ dois prendre, beau fils, mauvais présents, Et l'orgueilleus soutenir et aider,
Faire luxure, le péché protéger,
À un enfant enlever le sien fief,
À femme veuve prendre quatre deniers,
Cette couronne, par Jésus te défens,
Mon fils Louis, de jamais la porter. »
L’entent l'enfant, point n'avança le pied.
Bien en pleurèrent maints vaillants chevaliers, Et l’empereur moult en fut courroucé :
« Hélas ! dit-il, comme je suis trompé!
Près de ma femme se coucha quelque infâme, Qui engendra ce couard héritier.
Rien en sa vie de moi il ne tiendra ;
En faire un roi, ce serait grand péché !
Or lui faisons tous les cheveus trancher,
Et le mettons là dedans ce moutier,
Tirera cordes et sera marguillier ;
Prébende aura, pour ne point mendier. »
Près du roi siét Arnéïs d'Orléans,
Qui moult était et orgueilleus et fier ;
Par flatterie ainsi lui a parlé :
« Droit empereur, calmez-vous et m'oyez.
Messire est jeune, n’a que quinze ans entiers ; Serait tôt mort s’il était chevalier.
Cette besogne!, s’il vous plait, m'octroyez ! Pendant trois ans, verrons comme il scra; Et s’il veut être preus et bon héritier,
Je lui rendrai de gré et volontiers
Et accroîtrai ses terres et ses ficfs. »