La besogne de régner
Et dit le roi: « Vous le dois octroyer! »
« Grand merci, sire », disent les imposteurs,
Qui parents furent d’Arnéïs d'Orléans.
Eût été roi, lorsque Guillaume arrive !.
D'une forêt revenait de chasser,
Quand son neveu lui courut à l'étrier.
Il lui demande: « D'où venez, beau neveu ?
— Au nom de Dieu, sire, de ce moutier,
Où j'ai oui grand tort et grand péché.
Arnéïs veut son droit seigneur tromper :
Va être roi, Français l'ont décidé. » / Guillaume dit: « À tort il l’a pensé! »
L'épéé ceinte est entré au moutier,
[ ront la presse devant les chevaliers,
Trouve Arnéïs moult bien appareillé.
La pensée eut de lui couper la tête,
Quand luisouvient du Glorieus du ciel,
Que d'homme occire est trop mortel péché.
Prent son épée, au fourreau la remet,
Et devant passe ; ses manches a troussé,
De la main gauche il le prent aus cheveus,
Lève la droite et sur son cou l'abat:
L'os de la gueule lui a en deus brisé, fes Mort le renverse à la terre à ses pieds.
Quand l'a tué, ainsi l’a gourmandé:
« Glouton, dit-il, Dieu puisse te maudire!
Pourquoi voulus ton droit seigneur tromper ?
1. C'est-à-dire : « Arnéis eût été roi, si Guillaume n'était pas arrivé. »
Tu l'aurais dù aimer et tenir cher, Croître ! ses terres et défendre ses fiefs De tes mensonges tu n'auras plus salaire !
J'avais voulu un peu te châtier,
Mais tu es mort, n'en donnerais denier?. »
Voit la couronne dessus l'autel posée,
La prent le comte?, sans plus s'y attarder, Vient à l'enfant, sur sa tête la met:
« Tenez, beau sire, au nom du Roi du ciel!
Force te donne * d’être bon justicier! »
Pour son enfant le père en est joyeus:
« Sire Guillaume, grand merci en ayez, Votre maison la mienne a bien servi! »