‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 286 sur 334 · L'Italie · texte numérisé non relu

L'Italie

Songea un songe dont moult fut effrayé :

De vers Russie vint un feu embrasé,

Qui éprenait Rome de tous côtés.

Un lévrier vint à toute vitesse,

Des autres s’est parti et séparé.

Guillaume était sous un arbre ramé,

De cette bête était tout effrayé,

Car de sa patte lui donna un coup tel,

Que vers la terre il le fit se courber.

S'est éveillé le comte, et Dieu invoque.

Jamais un songe ne fut si avéré,

Car Sarrasins vers Rome se hâtaient : Zoo Le roi Galafre et le roi Ténébré,

Le roi Cremu et Corsolt l'amiral

Pris ont de Chapre les maîtres-forteresses. Le roi Gaïfier y est emprisonné,

Lui et sa fille, sa femme à grand beauté, Et trente mille captifs infortunés.

Tous auraient eu bientôt tête coupée,

Maïs tant de Dieu Guillaume fut aimé,

Que par lui furent de prison délivrés, Malgré Corsolt, d'outre la rouge mer,

Le plus fort homme dont on ait pu parler, Qui mutila à Guillaume son nez :

Vous l’apprendrez avant que le soir vienne, Si me donnez pour que veuille chanter.

De bon matin s’est Guillaume levé, 316 Au moutier va le service écouter ; | Toutes ses armes fait mettre sur l'autel, Qu'en or Arabe plus tard a rachetées.

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Le pape était gentilhomme achevé,

Il se revêt pour la messe chanter.

Quand le service fut dit et terminé,

Voici qu’en hâte viennent des messagers, Telles nouvelles ils vont leur raconter,

Dont maints barons, ce jour, furent troublés.

Au moutier fut Guillaume Fièrebrace,

Et messe avait chanté le sage pape.

Quand il l'eut dite, viennent deus messagers, Qui lui apportent des nouvelles moult âpres, Que Sarrasins lui font très grand dommage :

Pris ont par force la grand cité de Chapre,

Et trente mille captifs, tant uns que autres ; S'ils n’ont secours, tous mourront par le glaive. Le pape en fut moult durement ému ; | Va demandant Guillaume Fièrebrace,

On le lui montre en bas, dessus le marbre,

Où prië Dieu, père spirituel,

Force lui donne et honneur et courage!,

Ainsi qu'à son seigneur, le fils de Charles.

Lors nullement le pape ne s’attarde,

Prit un bâton et le heurte à l'épaule.

Vers lui le comte a levé son visage.

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