Le dard lui tranche
fu
Que ne me tue ce Sarrasin félon.
Tant porte d'armes qu'on ne peut l’approcher :
Son arbalète lui pent à son giron,
Masse de fer lui pent à son arçon ;
Si Dieu n'y veille, dont Longin eut pardon, Vainqueur sera, trop a d'armes foison. »
Corsolt lui dit ces trois mots de défi :
« Comte Guillaume, comme as cœur de félon!
Et cependant sembles bon champion;
Mais, par ces armes, point ne te sauveras ! » Lors il tourna son destrier d'Aragon,
Tire l'épée qui lui pent au giron,
Frappe Guillaume d'une telle façon
Que le nasal et le heaume lui ront,
Tranche la coiffe du haubert à maillons,
Et les cheveus lui tranche sur le front,
Et de son nez le bout lui abattit;
Depuis en eut Guillaume maint reproche.
Le coup dévale de par-dessus l’arçon,
Et du cheval lui a fait deus tronçons.
Le coup fut grand, et vint d'un tel élan
Que trois cents mailles sur le sable en abat; L'épée en vole hors des mains du glouton.
Comte Guillaume sur ses pieds se relève, Tire Joyeuse, qui lui pent au giron.
Il veut frapper Corsolt dessus son heaume, Mais il était d’une si haute taille,
Qu'il n'aurait pu, pour tout l'or de ce monde.