Plus loin qu'une portée d'arbalète
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D'un bout à l’autre il l’a toute cassée, Près de la boucle il l’a toute coupée :
Par le trou fait passerait à volée
Un épervier, sans point s’y arrêter.
Tout près du heaume est la masse passée, Cette rencontre lui fait le chef baisser.
Jamais par lui ne fût Rome sauvée,
Si Dieu n'était et la Vierge honorée.
Tous ceus de Rome hautement ont crié, Et dit le pape : « Que fais-tu donc, saint Pierre? S'il y mourait, serait mauvaise affaire ; En ton moutier messe ne chanterais, Tant que j'aurais en ma vié durée. »
XX VII
Comte Guillaume du grand coup qu'il reçut Est demeuré durement étourdi.
Mais d'une chose il s'est moult étonné, Que le Turc pût tant à cheval durer,
Car il avait bien durement saigné.
S'il eût voulu, il l'aurait mis à pied ;
Mais il épargne tant qu'il peut le destrier, Car il se pense, s’il le pouvait gagner, Que bon service encor faire pourrait.
Le Sarrasin s'est vers lui élancé ;
Quand voit Guillaume, telle injure lui dit :
« Vil chevalier, te voilà mal loti,
Car de ton nez as perdu la moitié;
Du roi Louis tu seras prébendier,
A ee =
À ton lignage bien sera reproché 1.
Tu ne peus plus, tu le vois bien, t'aider !
Avec ton corps il m'en faut retourner,
Car notre émir m'attent à son manger,
Et moult s'étonne que puisse tant tarder. »
Vers son arçon s’est d'abord abaissé,
Car devant lui il le voulait charger,
Tout bien armé, sur le cou du destrier.
Le voit Guillaume, en croit perdre le sens, Bien fut à l'aise pour son coup asséner, Frappe le roi, point ne veut l'épargner, Dessus son heaume, qui d’or était rayé, Et fleurs et pierres il en a fait sauter.
Il lui trancha le maître-capuchon,.…
Tout le coucha sur le cou du destrier :
Les armes pèsent, ne se put redresser.
« Dieu !dit Gu:llaume, comme ai mon nez vengé! Ne serai plus de Louis prébendier,
À mon lignage ne sera reproché! »
Son bras il a des enarmes? tiré,
Et son écu dans le champ a jeté.
Tel coup d’audace nul jamais n'avait fait.
Si le Turc fût sain et sauf et entier, Follement fût le combat commencé;
Mais, grâce à Dieu, ne se pouvait aider.
Comte Guillaume ne s'y veut attarder,
De ses deus mains saisit le brant d'acier,
1. C'est-à-dire : « On en fera honte à ta famille. » 2. De La courroie du bouclier.
Frappe le roi, ne songe à l’épargner, Parmi les lacs de son heaume vergé,
Et tête et heaume fit voler quatre pieds ; Le corps chancèle et le Sarrasin tombe.
Comte Guillaume ne s'y veut arrêter :
La bonne épée, qui son nez a tranché,
11 voulut ceindre, mais trop longue elle était, fl la pendit à l’arçon de la selle.
Pied et demi sont trop longs les étriers, Grand demi-pied il les a raccourcis.
Comte Guillaume y monta par l’étrier,
Du Sarrasin il retire l’épié,
Qu'il lui avait dedans le corps plongé ; Autour du bois était son sang figé.
« Dieu, dit Guillaume, bien vous dois mercier, Pour ce cheval que j'ai ici gagné!
Plus vaut pour moi que l'or de Montpellier :
Moult je l'avais aujourd’hui convoité. »
De là à Rome ne s’est pas attardé.
Vers lui le pape est venu le premier,
I le baisa quand son heaume eut ôté.
‘ Moult ont pleuré et Bertrand son neveu,
Et Guiëlin et le courtois Gautier,
Jamais tel peur n'avaient eu sous le ciel.
« Oncle, fait-il, êtes-vous sain et sauf?
— Oui, répont-il, grâce au Seigneur du ciel, Sauf que mon nez est un peu raccourci;
Sais que mon nom en sera allongé. »
Le comte même s’est alors baptisé :
« Dorénavant, qui m'aime et me tient cher,
Que tous m'appèlent, Berrichons et Français, Comte Guillaume au court nez le guerrier. »
Depuis, ce nom ne lui put-on changer.
Ne s’arrètèrent jusqu'au maïtre-moutier; Moult fut joyeus qui le tint par l'étrier.
La nuit font fête pour! le franc chevalier, Jusqu'au matin où parut le jour clair.
Lors dit Bertrand : « Aus armes, chevaliers!
Puisque mon oncle a pu le champ gagner Vers? le plus fort, que tant on redoutait, Bien nous devons aus faibles essayer.
Oncle Guillaume, allez vous reposer,
Car moult vous êtes fatigué et lassé. »
Mais Guillaume déclare qu'il veut encore combattre au premier rang, et les Romains, qu’un si bel exemple remplit de vaillance, vont « s'appareiller ».
Le roi Galafre de sa tente est sorti,
Il est en roi et chaussé et vêtu ;
Dit à ses hommes : « Ce jour, ai trop perdu, Quand est Corsolt par cet homme vaincu.
Le Dieu qu’ils croient doit donc bien être cru ! Que tôt ma tente par vous soit détendue, Fuyons-nous en, qu'attendrions-nous plus ?
Si ceus de Rome ont courage repris,