Cest-à-dire : « n'auront qui les garantisse de la mort
Répont Roland : « Mon ardeur s'en augmente.
Ne plaise à Dieu ni à ses très saints anges Jamais par moi perde sa valeur France !
Mieus veus mourir que déshonneur m'atlteigne. Pour bien férir le roi Charles nous aime. »
XCIIT
Roland est preus et Olivier est sage,
Avaient tous deus un merveilleus courage.
Dès lors qu’ils sont à cheval et en armes, Pour nulle crainte n’esquiveront bataille.
Bons sont les comtes, et leurs paroles hautes. Félons païens pleins de fureur chevauchent.
Dit Olivier : « Roland, voyez un peu!
Ceus-ci sont près, mais trop nous est loin Charles. Votre olifant sonner vous ne daignâtes :
Viendrait le roi, nous n’y aurions dommage!
Ceus qui là sont n'en doivent avoir blâme.
Regardez çà, du côté des ports d’Aspe ;
Voir y pouvez dolente arrière-garde.
Ceus qui la font, jamais n’en feront d'autre. » Répont Roland : « Ne dites tel outrage ‘!
Que maudit soit le cœur qui se couarde!
Nous resterons fermement en,la place ;
De nous viendront les coups et la bataille. »
4. Outrage a ici le sens étymologique de : parole qui dépasse la mesure.
Quand Roland voit que bataille y aura,
Plus fier n’est pas lion ni léopard.
Son compagnon Olivier appela :
« Seigneur, ami, ainsi ne parle pas!
L'empereur Charles, qui ses Francs nous laissa, Tels vingt milliers pour nous en mit à part!, Parmi lesquels n’y eut pas un couard.
Pour son seigneur on doit souffrir grands maus, Et endurer et forts froids et grands chauds,
Et doit-on perdre du sang et de la chair.
Va de ta lance ?, et moi de Durendal,
Ma bonne épée que le roi me donna :
Si suis occis, dire peut qui l'aura,
Que elle fut à un noble vassal. »
D'autre part est l'archevèque Turpin.
Son cheval pique, et monte sur un tertre ; Français appèle, un sermon leur a dit :
« Seigneurs barons, Charles nous laissa ci ; Pour notre roi devons-nous bien mourir.
Chrétienté aidez à soutenir !
Bataille aurez, vous en êtes tous sûrs,
1. C'est-à-dire : « mit à part pour nous aider les vingt mille que nous avons. »