LA LORETTE DU LENDEMAIN
J'étais coquette,
J*étais lorette ; Mais qu'ils sont loin, mes beaux jours d'autrefois l
La république
Démocratique A détrôné les reines et les rois !
Quelle fureur a fait tourner leurs têtes ! Hommes légers , ils ont tout jeté bas ! Ils étaient fous , ils sont devenus bêtes , Et leurs journaux ne les guériront pas.
O décadence !
Toute la France Fume aujourd'hui des cigares d'un sou !
L'argent est rare ,
On est avare, Et les messieurs aiment.... je ne sais où!
Que sont-41s donc , ces fringants gentilshommes Qui jetaient l'or sur les tapis douteux?... Ils sont fondus, et, sottes que nous sommes, Tous nos louis sont partis avec eux.
Adieu, conquêtes,
Joyeuses fêtes, Où le champag^ne au lansquenet s'unit;
Belles soirées ,
Nuits adorées Qu'un jeu commence et qu'un autre finit !
De mes succès voici pourtant la place ; Mais quel silence en mes salons déserts ! Sur mon sofa la poussière s'amasse , Et tout le jour mes rideaux sont ouverts....
Plus de mystère ;
Là, solitaire, Je fais des bas ou j'arrose mes fleurs ;
Et, quand arrive
La nuit tardive , Je reste seule et je crains les voleurs !
Je ne l'ai plus, mon galant équipage ; Tom est chassé , mes chevaux sont vendus ; Mon serin seul est resté dans sa cage ; Il chante à peine, et je ne chante plus!...
Robes nouvelles,
Bijoux, dentelles, Ma tante , hélas ! sait où je vous ai mis ;
Elle s'envole,
Ma gaîté folle ; Plus de plaisirs, plus d'amants « plus d'amis !
Oiseaux plumés qu'a dispersés l'orage , Ils vont chercher un monde plus parfait
Mon épicier devient un personnage ; Arthur n'est rien , Oscar est sous-préfet !
Mon cœur est vide ,
Mon front se ride ; Mon boulanger ne me fait plus crédit....
Je crois qu'on sonne ! . . .
Non, non, personne....
Que devenir en cet état maudit?
Faudra-t-il donc, pour gagner l'existence , Tombant plus bas dans mon étroit sentier. De mes attraits tarifer l'impudence , Et du plaisir enseigner le métier ?
Ou bien , plus sage ,
Dans un village Irai-je, au loin, racheter mon passé?
Ou, pauvre fille.
Avec l'aiguille, Dois-je finir comme j'ai commencé ?
Ou bien , quittant cette terre chérie , Irai-je enfin chercher fortune ailleurs?... Non , non, jamais !... La France est ma patrie, Je veux attendre ici des jours meilleurs.
J étais coquette ,
J'étais lorette; Mais qu'ils sont loin mes beaux jours d'autrefois !
La république
Démocratique A détrôné les reines et les rois !