‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 111 sur 249 · LES RUINES · texte numérisé non relu

LES RUINES

Quand le soleil se lève à l'horizon , On voit, là-haut, sur la. colline, Parmi le lierre et le gazon ,

La ruine.

Le matin , d'un rayon joyeux , L'éclairé de la base au faîte ; Le voyageur lève les yeux ,

Et s'arrête.

Bravons la ronce et l'églantier ; Il faut gravir l'àpre sentier Qui serpente autour de la butte ; On aime à fouler sous ses pies

Ces vieux murs , Titans foudroyés , Org^ueilleux encor dans leur chute.

L'œil s'arrête sur ces débris ; Mais vainement sont-ils meurtris Par d'impitoyables fougères ; L'esprit reconstruit le passé; Le vieux château s'est redressé Sur ses souvenirs légendaires.

Les chevaux piaffent dans la cour ; Le cor sonne ; la meute accourt ; Le pont s'abaisse; allons, en chasse!

Piqueurs, découplez les limiers; Voici venir les chevaliers Et la châtelaine qui passe.

Ah ! pourquoi le cœur ne peut-il

Renouer de même le fil

Des illusions passa{(ères?

Ce ne sont pas les châteaux seuls

Qui portent les sombres linceuls

Tissus de mousse et de fougères !

Mais n'entends-je pas une voix Qui m'apporte, au travers des bois.

Une note plaintive et douce?

Un éclair se fait dans la nuit; Tout le passé se reconstruit; Arrachons le lierre et la mousse !

Là-bas sont les pays plus doux ;

L'heure a sonné le rendez-vous;

îîoiis sommes deux et le jour baisse.

Dieu nous mesure les instants :

O la jeunesse du printemps!

O le printemps de la jeunesse!

Quand le soleil se couche à Thorizon , On voit, là-haut, sur la colhno, Parmi le lierre et le gazon ,

La ruine.

Le soir pâle et mystérieux De fantômes peuple l'espace , Et le voyageur sérieux

Rêve et passe.

LA MÈRE GODICHOX

Qu'on fasse sauter le bouchon , Qu'on empUsse mon verre !

Il faut chanter la mère , La mère Godichon.

Je ne l'ai pas connue Alors qu'elle avait dix-huit ans , Voih'i bien longtemps.

Elle était ingénue, A ce qu'elle disait, du moins,

L'étant un peu moins.

On n'a jamais connu son père, Et c'est facile à concevoir; Sa mère devait le savoir, Mais on ne savait pas sa mère.

Qu'on fasse sauter le bouchon , Qu'on emplisse mon verre!

Il faut chanter la mère , La mère Godichon.

On prétend en Provence Qu'elle naquit aux pays froids, La Flandre ou l'Artois;

Mais, dans le Nord, on pense Qu'elle était des climats plus chauds ,

D'Arles à Bordeaux.

Ses yeux accusaient la Gascogne , Ses cheveux le pays lorrain , Son embonpoint les bords du Rhin , Et son teint fleuri la Bourgogne.

Qu'on fasse sauter le bouchon ,

Qu'on emplisse mon verre!

Il faut chanter la mère ,

La mère Godichon.

Pour rester ferme et libre

Dans sa vie et dans ses amours,

Elle tint toujours Son cœur en équiUbre :

Au lieu d'avoir un amoureux ,

Elle en avait deux.

Le mariage est une épreuve Dont toujours elle se moqua ;

Elle resta fille jusqu'à

Jusqu'à ce qu'elle devînt veuve.

Qu'on fasse sauter le bouchon , Qu'on emplisse mon verre !

Il faut chanter la mère , LamèreGodichoD.

Il fallait voir la belle Dég^ustant un joyeux repas Qu'on ne payait pas;

A peine trouvait-elle Le temps de placer quatre mots.

Même des plus gros.

Et l'on n'aurait jamais pu dire, Quand ses deux lèvres s'entr'ouvraient.

Si sa bouche et ses dents voulaient Chanter ou baiser, boire ou rire.

Qu'on fasse sauter le bouchon , Qu'on emplisse mon verre !

Il faut chanter la mère , La mère Godichon.

Elle passa sa vie A s'affoler de tous les fous ; Nous le sommes tous ;

Elle eût été ravie D'atteler ensemble à SO0 char

Le Turc et le Gzar.

Elle veut prendre un jour la peine De conquérir le genre humain; Mais elle se perd en chemin , Car un gendarme la ramène.

Qu'on fasse sauter le bouchon , Qu'on emplisse mon verre !

Il faut chanter la mère, La mère Godichon.

Que devint-elle ensuite?

Les auteurs le plus en crédit

Ne l'ont jamaifi dit.

J'ai mis h sa poursuite Les savants de nos instituts ,

Et tous se sont tus.

Mais une matrone allemande , Que je consultais sur ce point , M'a dit : « Ne cherchez pas plus loin ; Voici la fin de la lég^ende :

Qu'on fasse sauter le bouchon , Qu'on emplisse mon verre !

Il faut chanter la mère , La mère Godichon. »

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